Au coeur de l'explosion de Hiroshima en 1945

Ils survécurent à Hiroshima

Au coeur de l'explosion de Hiroshima

Akiko se souviendrait toujours de la manière dont l’horloge de la galerie principale s’était arrêtée à 8 h 15, à l’heure même où la grosse horloge surplombant l’université d’Hiroshima s’était arrêtée trois jours plus tôt. L’effort de guerre ayant mobilisé presque toute la main-d’oeuvre et ponctionné toutes les pièces détachées en métal, les ressources manquaient pour réparer la principale horloge de la ville. Depuis trois jours, Akiko et Asami plaisantaient sur le fait que ce clocher cassé, qui semblait à jamais figé à 8 h 15, soulignait la futilité de toute chose. Pendant les décennies qui suivraient, leur plaisanterie se couvrirait du manteau de la prophétie, car, en fin de compte, réparer ou non l’horloge n’aurait fait aucune différence. Elle se serait de nouveau arrêtée à 8 h 15 — comme toutes les autres horloges d’Hiroshima.

Akiko et Asami... Au coeur de l'explosion de Hiroshima

Akiko et Asami... Au coeur de l'explosion de Hiroshima
Akiko et Asami se trouvaient à seulement 250 mètres de l’hypocentre, qui était né plus de deux fois plus haut dans le ciel — ce qui situait l’angle d’approche de la bulle presque directement au-dessus d’elles. Lorsque survint l’onde de choc, les femmes assises sur les marches à l’extérieur de la banque s’enflammèrent et se transformèrent simultanément en charbon, environ un dixième de seconde avant que leurs nerfs ne commencent à leur transmettre la douleur. Comme le front de choc descendait d’un point situé quasiment juste au-dessus, les poteaux téléphoniques et les arbres, ainsi que les piliers de la banque, furent capables de résister aux forces de compression, qui les contournèrent en grande partie. Les arbres, poteaux et poutres en acier ascendantes se comportèrent à peu près comme le nez et l’empennage d’une roquette qui fend l’air supersonique. Akiko et son amie furent en grande partie épargnées grâce à un phénomène qui se manifesta au cours des 2 ou 3 premières millisecondes du passage du front de choc, mais qui suffit à les protéger le temps que l’explosion et que les turbulences qui s’en suivirent les contournent — soit cinq secondes. L’immeuble avait littéralement percé un trou dans le front de l’onde de choc, formant un cocon protecteur pour les deux amies (et pour l’un des directeurs de la banque qui se trouvait au sous-sol), alors que la masse d’air rebondissait à l’extérieur pour se propager loin d’eux.

Akiko eut l’impression qu’une vague d’air dense écrasait ses poumons. Asami, elle, fut secouée, retournée, et blessée au dos par le revêtement décoratif d’un mur qui se comprimait comme une peau d’accordéon avant de se détendre en envoyant valser des éclats de granite ; mais les deux amies avaient été protégées par une bizarrerie de la nature des plus étranges. L’effet « cocon » accompagne toutes les explosions majeures et tend à ne se produire, contre le bon sens même, que là où on croirait qu’il est impossible de survivre. Parfois, c’est en effet au plus près du coeur de l’explosion que l’on est le plus en sécurité.

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