
Les Tigres Volants devaient largement leurs succès au personnel au sol, dont l’habileté compensait en partie la supériorité numérique de l’ennemi. Grâce à eux, les P-40 endommagés et criblés de balles retournaient rapidement au combat. Du mécanicien au radio, tous les spécialistes travaillaient — très souvent sous les bombardements — avec une précision digne de techniciens à pied d’oeuvre sur un circuit automobile. Les pièces de rechange étaient si rares qu’ils exploraient la jungle et les rizières pour récupérer des parties de moteurs intactes, les pneus, les munitions des avions abattus. Même la soie des parachutes était récupérée et réutilisée.
Ils inventaient toutes sortes de procédés pour améliorer la capacité de combat du P-40. Ils ciraient par exemple le fuselage pour accroître la vitesse de 15 kilomètres. Des mécaniciens équipèrent deux chasseurs de prises d’air de fortune pour leur permettre de gagner de l’altitude; d’autres les transformèrent en bombardiers en piqué par l’adjonction sous le ventre d’attaches à bombes.
Bref, les trésors d’ingéniosité développés pour ces chasseurs étaient tels qu’un pilote eut ce mot: «II ne manque plus qu’un périscope pour transformer le P-40 en sous-marin!»

Ces hommes travaillaient par des températures glaciales sur le plateau de K’ouenming ou par 45 degrés de chaleur étouffante dans les plaines birmanes. Exposés en permanence aux bombardements et aux mitraillages, ils trompaient l’ennemi en disposant sur les pistes de faux avions faits de pièces de bois et de toile et dissimulaient les vrais appareils sous les arbres. Quand les Japonais volaient en rase-mottes, ils ripostaient à la mitraillette. Un mécanicien lança même une clef à molette contre un appareil ennemi qui descendait en piqué! (Et le manqua.)
Les pilotes savaient tout ce qu’ils devaient au personnel d’entretien. «N’oubliez surtout pas les camarades qui travaillent au sol, dans vos articles», recommanda l’un d’eux à un journaliste. «Quelle que soit l’heure, sous la mitraille, sous les bombes, ils n’hésitent pas à travailler pour remettre nos appareils en état.»

Les Tigres Volants étaient prêts à prendre l’air à tout moment. Dès que les sirènes ou les ballons rouges hissés au sommet des mâts donnaient l’alerte, les pilotes saisissaient leurs parachutes et couraient, toutes affaires cessantes, aux avions.
Dans le ciel, ils devaient s’attendre à rencontrer un ennemi supérieur en nombre dans la proportion de six contre un. Il leur arrivait d’entrer en action huit fois par jour avec des P-40 très endommagés. Pour donner à l’adversaire l’impression du nombre et tromper les opérateurs japonais, qui réussissaient à capter les fréquences de l’A.V.G., ils modifiaient le timbre de leur voix en communiquant entre eux et donnaient des instructions à des escadrilles imaginaires.
Chennault leur enseigna la plus efficace des tactiques. Elle consistait à voler très haut au-dessus des formations ennemies, puis à se laisser tomber à 650 kilomètres à d l’heure. Ils attaquaient par paires ou en groupe, et de si près qu’ils distinguaient les traits du pilote ennemi.
Après avoir dispersé leurs adversaires ou tiré leur derrière cartouche, ils rentraient à leur base, aussi calmes qu’au décollage. «Combien cette fois?» demanda un mécanicien à «Duke» Hedman, au retour d’une mission. « Je ne sais pas, répondit-il, ça porte malheur de les compter.»