Les 120 jours de Jean-Baptiste Carrier

Carrier, le conventionnel, est célèbre pour son fanatisme et l’exécution massive des suspects envoyés par le fond dans les eaux tumultueuses de la Loire à Nantes. Arrêté, jugé et condamné, il est guillotiné en décembre 1794. De nouveaux documents prouvent que son procès fut bâclé. Carrier a été condamné d’avance dans une parodie de procès. En fait, les noyades de Nantes seront connues du public en novembre 1794.

Petit procureur à Aurillac
Carrier (1756-1794) a été élu de justesse député du Cantal à la Convention. Figure emblématique de la Terreur, il ne fut qu’un simple exécutant propulsé par erreur sur la scène de l’histoire.

Carrier plaide pour une politique dure

Carrier, le conventionnel, est célèbre pour son fanatisme et l'exécution massive des suspects envoyés par le fond dans les eaux tumultueuses de la Loire à Nantes.

Carrier ne semble avoir joué aucun rôle dans les journées du 31 mai et du 2 juin 1793, qui marquent la chute des Girondins, mais le 12 juillet 1793, il est chargé par la Convention d’une mission en Normandie, où il se rend en compagnie de Pocholle, pour réprimer l’agitation fédéraliste. Il entre à Caen, puis pousse jusqu’à Cherbourg. Comme il le dira lui-même pour sa défense, au cours de cette mission il n’a pas fait couler le sang. Pourtant, de retour à la Convention, il plaide pour une politique dure : « Plus de paix, plus de miséricorde… Il faut que la Convention porte enfin les grands coups. La France indignement trahie réclame vengeance ».
De Normandie, il passe en Bretagne. Le voici à Saint-Malo à la fin du mois d’août 1793, à Rennes en septembre. Le matamore est devenu tranche-montagne : il se réclame de la sansculotterie, adopte le langage ordurier et les manières du Père Duchêne ; il pérore, il arrête; il destitue, il déprêtrise, mais son comportement reste dans les normes admises, qui sont celles de nombreux représentants en mission. Le Comité de salut public décide de l’envoyer à Nantes, ville qui venait d’opposer une résistance victorieuse aux Vendéens, mais passait pour fédéraliste.

Les 120 jours de Carrier

Après une brève incursion dans la Vendée militaire, où il participe modestement à la bataille de Cholet (17 octobre), il revient à Nantes, où il va régner despotiquement 119 jours, du 20 octobre 1793 au 16 février 1794. Pourquoi cette mission solitaire, anormalement prolongée ? Il est possible que Carrier ait reçu des instructions secrètes du Comité de salut public, mais ceci n’a jamais pu être prouvé. A Nantes, il trouve les structures essentielles du gouvernement révolutionnaire déjà en place : les autorités du département (présidé par l’évêque Minée), du district et de la municipalité (Renard) viennent d’être épurées ; elles sont d’ailleurs réduites à un rôle purement administratif : on ne les consulte plus que pour la forme.
Du 20 au 30 octobre, Carrier opère à Nantes en compagnie de Francastel, député de l’Eure à la Convention, un jeune fonctionnaire qui se signalera, quelques mois plus tard par les massacres d’Angers, de Saumur et des Ponts-de-Cé, mais réussira, lui, à sauver sa tête après Thermidor. Les deux hommes approuvent les statuts de la Compagnie Marat, une sorte de milice constituée par le comité révolutionnaire, qui reçoit des pouvoirs exorbitants : requérir la force armée, pratiquer des visites domiciliaires et arrêter tous les citoyens qui lui paraîtraient suspects, à condition de les mener ensuite devant le Comité.

Carrier tolère l'existence de bandes de violeurs et de massacreurs

Plus tard, le 27 novembre 1793, quand les débris de l’armée vendéenne reflueront vers Nantes, il constituera une petite troupe pour surveiller ses mouvements, les Eclaireurs de la Montagne sous l’autorité d’un Comité des Cinq. L’une et l’autre n’auront qu’une existence éphémère.
En outre, Carrier tolère l’existence de bandes de violeurs et de massacreurs, comme les Hussards américains d’O’Sullivan et de Pinard. Le grand problème qui se pose à Carrier, à cette époque, c’est l’afflux massif des prisonniers vendéens. La prison du Bouffay ne pouvant guère accueillir que 500 détenus, l’ancien couvent des Saintes-Claires a été converti en maison de détention, sous l’autorité despotique du sans-culotte Forget ; de même celui du Bon Pasteur, confié à un vilain personnage, le concierge Fleurdepied ; mais cela ne suffit pas, et, en décembre 1793, à l’initiative du département, on décide de transformer l’Entrepôt des cafés en un gigantesque camp de détention, où l’on enfermera environ 9 000 personnes. Bien peu en réchapperont : celles qui ne périront pas de typhus ou de dysenterie seront noyées ou fusillées.

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