Avec l’hiver, les habitants de Rome souffrirent surtout de l’absence de combustible et de produits alimentaires. Dès novembre, les réquisitions des Allemands pour le confort de leurs hôtels avaient vidé les dépôts de la ville. Privées de chauffage, les maisons, avec leur dallage de marbre, leurs immenses pièces, leurs hautes fenêtres, devinrent si glaciales que les habitants furent obligés de s’habiller plus chaudement qu’à l’extérieur.
Plus pénible encore fut le manque de nourriture. Un rationnement draconien accordait à chaque habitant 120 g de pain par jour, et la même quantité de viande par mois. Encore que les magasins ne fussent pas toujours en mesure de fournir ces maigres allocations. De plus, les Allemands confisquaient parfois des rations mensuelles entières de pâtes, auxquelles les Italiens étaient encore plus attachés qu’au pain.
Au bord de la famine, ceux qui le pouvaient s’adressaient aux ressources du marché noir. Ils pouvaient s’y procurer de la farine, du riz et parfois des pommes de terre à un prix exorbitant; un sac de riz coûtait 800 francs d’aujourd’hui.
Les Allemands avaient décrété la peine de mort ou la prison pour les trafiquants du marché noir, et régulièrement ils faisaient procéder à des perquisitions dans leurs dépôts. Quelques jours plus tard, les occupants, qui étaient en fait les grands bénéficiaires du marché noir, ne se gênaient pas pour revendre aux trafiquants les stocks saisis.

Derrière l’animosité des Romains à l’égard des Allemands, il y avait aussi la peur des rafles destinées à la récupération de main-d’oeuvre. Les Nazis pouvaient s’abattre à l’improviste sur un quartier, arrêter tous les hommes valides et les expédier à des travaux militaires, en Italie ou en Allemagne.
Ces rafles dissimulaient des motifs encore plus sinistres. Après les actes de sabotage, les Allemands bouclaient des quartiers considérés comme des abris de partisans. Ils entraient dans chaque maison et faisaient sortir les hommes, vieux ou jeunes, pour les emprisonner comme otages. Le 16 octobre 1943, ils envahirent le ghetto de Rome, arrêtèrent plus de 1000 Juifs et les déportèrent en Pologne, à Auschwitz, où, moins d’une semaine plus tard, ils moururent dans les chambres à gaz.
Pendant quelque temps, les partisans et les Israélites trouvèrent un abri dans les écoles religieuses de Rome appartenant au Vatican. Mais, fin décembre, ces asiles firent l’objet de perquisitions. La crainte de nouvelles arrestations ne put que renforcer l’impatience des Romains de voir la fin de l’occupation. Au milieu du printemps l’espoir de voir les Alliés arriver et chasser les Allemands devint une obsession.