Massacres et exécutions sous la terreur en 1792 et 1793

On ignore les massacres d'à côté pendant la terreur

Trois jours à peine après le 10 août, si nous en croyons une bourgeoise, « la foule se presse, élégante et joyeuse, au jardin du roi; le commerce est brillant… tous les visages portent l’empreinte de la cordialité ». Et tandis qu’on enterre encore les Suisses et les patriotes qui se sont fait tuer aux Tuileries, une petite annonce du Monileur nous apprend que « Mme Broquin continue à vendre sa pommade couleur de chair pour teindre les cheveux rouges ou blancs en châtain ou noir, en une seule séance. Le prix est de neuf francs le pot ».
L’état d’esprit d’une foule de gens qui s’intéressent moins à la politique qu’au prix du beurre, à la santé de leurs enfants ou à leurs intrigues sentimentales, est, en somme, fort naturel.
Et puis, beaucoup d’entre eux sont si mal informés… Nous avons vu tout à l’heure combien les quartiers de Paris vivaient séparés les uns des autres, combien les nouvelles étaient lentes à s’y propager. Souvent, à une portée de fusil, on ignore l’épisode brutal qui vient de mettre à feu et à sang le pâté de maisons voisin.
Jamais on ne s’en rendit mieux compte que durant les massacres de Septembre. Les « tape-dur » peuvent assommer cent malheureux dans la cour de la Conciergerie sans attirer l’attention des passants de la rue de la Barillerie ou de la cour du Mail. Même silence autour de la tragédie des Carmes.
Ni les habitants de la rue du Regard, ni les trois cents bourgeois armés qui font l’exercice au Luxembourg, ni les clients de la buvette installée sous les arbres du jardin n’ont la moindre idée de ce qui se passe. Ils résideraient à Compiègne ou à Orléans que leur ignorance ne serait pas plus grande.
Et quand l’affaire est enfin connue, il y a bien un peu d’émotion, mais elle est loin d’être générale. Dans la classe ouvrière surtout, on pense que les quinze cents victimes étaient des ennemies de la Nation, qu’elles ont bien mérité leur sort. Une petite apprentie lingère écrit naïvement :
« Tout comme les autres, je mourais de peur que l’on ne laissât évader ces royalistes de leur prison et qu’ils ne vinssent me massacrer parce que je n’aurais pas d’image à leur montrer. Ainsi arriva le massacre du 2 septembre 1792. Tout en frémissant d’horreur, on le regardait comme une action presque juste; pendant qu’il se faisait, on n’en vaquait pas moins à ses affaires habituelles… »
Rien d’étonnant après cela si Paris retrouve vite son calme et si la Fête de Saint-Cloud qui s’ouvre le 8 septembre n’attire pas moins de. grisettes, pas moins d’acheteurs de mirlitons, pas moins d’amateurs de parades et de contredanses qu’au beau temps de Fragonard et de Gabriel de Saint-Aubin.

Exécutions sous la terreur pendant la Révolution

Exécution et mort de Louis XVI le 21 janvier 1793
Trois jours à peine après le 10 août, si nous en croyons une bourgeoise, « la foule se presse, élégante et joyeuse, au jardin du roi; le commerce est brillant… tous les visages portent l’empreinte de la cordialité ». Et tandis qu’on enterre encore les Suisses et les patriotes qui se sont fait tuer aux Tuileries, une petite annonce du Monileur nous apprend que « Mme Broquin continue à vendre sa pommade couleur de chair pour teindre les cheveux rouges ou blancs en châtain ou noir, en une seule séance. Le prix est de neuf francs le pot ».
L’état d’esprit d’une foule de gens qui s’intéressent moins à la politique qu’au prix du beurre, à la santé de leurs enfants ou à leurs intrigues sentimentales, est, en somme, fort naturel.
Et puis, beaucoup d’entre eux sont si mal informés… Nous avons vu tout à l’heure combien les quartiers de Paris vivaient séparés les uns des autres, combien les nouvelles étaient lentes à s’y propager. Souvent, à une portée de fusil, on ignore l’épisode brutal qui vient de mettre à feu et à sang le pâté de maisons voisin.
Jamais on ne s’en rendit mieux compte que durant les massacres de Septembre. Les « tape-dur » peuvent assommer cent malheureux dans la cour de la Conciergerie sans attirer l’attention des passants de la rue de la Barillerie ou de la cour du Mail. Même silence autour de la tragédie des Carmes.
Ni les habitants de la rue du Regard, ni les trois cents bourgeois armés qui font l’exercice au Luxembourg, ni les clients de la buvette installée sous les arbres du jardin n’ont la moindre idée de ce qui se passe. Ils résideraient à Compiègne ou à Orléans que leur ignorance ne serait pas plus grande.
Et quand l’affaire est enfin connue, il y a bien un peu d’émotion, mais elle est loin d’être générale. Dans la classe ouvrière surtout, on pense que les quinze cents victimes étaient des ennemies de la Nation, qu’elles ont bien mérité leur sort. Une petite apprentie lingère écrit naïvement :
« Tout comme les autres, je mourais de peur que l’on ne laissât évader ces royalistes de leur prison et qu’ils ne vinssent me massacrer parce que je n’aurais pas d’image à leur montrer. Ainsi arriva le massacre du 2 septembre 1792. Tout en frémissant d’horreur, on le regardait comme une action presque juste; pendant qu’il se faisait, on n’en vaquait pas moins à ses affaires habituelles… »
Rien d’étonnant après cela si Paris retrouve vite son calme et si la Fête de Saint-Cloud qui s’ouvre le 8 septembre n’attire pas moins de. grisettes, pas moins d’acheteurs de mirlitons, pas moins d’amateurs de parades et de contredanses qu’au beau temps de Fragonard et de Gabriel de Saint-Aubin.

On s'habitue à l'horreur sous la terreur

De la Grande Chambre du Palais transformé en Tribunal révolutionnaire, partent ces listes de condamnations qui envoient chaque jour à la mort quarante ou soixante victimes. Dans les quarante-neuf derniers jours, plus de quinze cents têtes « tomberont comme des ardoises », pour reprendre l’ingénieuse métaphore de Fouquier-Tinville. Quelle réaction aura Paris devant ces hécatombes quotidiennes?
Un certain étonnement d’abord et de l’indifférence bientôt. A force de voir passer dans la rue Saint-Honoré des charrettes qui s’en vont à la ci-devant place Louis-XV et d’autres, dans la rue Saint-Antoine, qui roulent vers la place du Trône renversé, il s’habitue si bien au spectacle qu’il finit par le trouver normal et n’y attache pas plus d’importance qu’à un fait divers ordinaire : un imprudent qui se noie ou un cheval qui s’emballe.
Pour agir sur les nerfs de la foule, il faut que les exécutions s’accompagnent de circonstances mélodramatiques : le général Custine pleurant dans sa moustache grise et sa belle-fille se tordant les mains ; la Du Barry hurlant de peur; Camille Desmoulins secouant ses liens; Danton enflant sa voix de tonnerre; ou, le dernier jour, Robespierre ne pouvant retenir un cri de bête, quand le valet du bourreau arrache le pansement de sa mâchoire fracassée.
Voilà de quoi remuer un public que la seule vue du sang n’effraie plus. Mais, à côté de ces belles séances, combien de fournées monotones qu’on regarde d’un oeil distrait ! On s’est habitué à l’horrible. Après tant de représentations, la guillotine ne fait plus recette.

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