Crises et fraudeurs sous la terreur

Les crises se succèdent sous la terreur en 1793

Les crises se succèdent sous la terreur en 1793

La situation générale s’étant fortement aggravée, les prix s’élèveront d’eux-mêmes. Mille difficultés se présenteront alors presque en même temps : l’assignat, à peine né, perdant trente pour cent de sa valeur; l’obligation de nourrir tant bien que mal les armées parties aux frontières; l’insurrection de la Vendée, privant le reste du pays d’une expédition moyenne de six cents têtes de bétail par jour; l’inquiétude des campagnes enfin qui, pour ne pas vendre le grain à vil prix, le cachent par tous les moyens, se dérobent aux requisitions… Étonnez-vous, après cela, que le ravitaillement de Paris, déjà pénible depuis deux ans, devienne tout à fait problématique au début de 1793.
Désormais, de mois en mois, les crises vont se succéder : crise du savon et du sucre à la fin de février; crise du pain à la fin de mai et en juin; nouvelle crise du savon fin juin; nouvelle crise du pain à la fin de juillet et en août, la sécheresse empêchant les moulins de tourner.
On voit recommencer les queues à la porte des boulangeries et ces interminables stations, où les nerfs s’usent dans l’attente et les poumons dans les courants d’air, durent parfois de minuit jusqu’à 11 heures du matin.
Parfois, aussi, quand le tour des ménagères arrive, on leur déclare froidement que, le stock étant épuisé, il faut s’en retourner bredouille.

Accapareurs et fraudeurs sous la terreur

Crises et fraudeurs sous la terreur en 1793
Les prix nouveaux qu’on affiche le 25 mars ne sont du goût ni des marchands, ni de leurs clients. Les bouchers pratiquent de plus belle l’escroquerie « aux réjouissances », et les ménagères estiment que « payer des mâchoires de boeufs dix sous la livre, c’est bien cher».
Mise en vigueur le mois suivant, la carte de viande ne fait que démontrer mieux encore la pauvreté des arrivages et l’insuffisance des portions. Désormais, Paris va se nourrir un peu comme une ville assiégée.
D’autres privations l’attendent, hélas ! Quand le bétail se raréfie, la graisse n’est pas longue à manquer. Adieu, donc, chandelles et bougies, toute la gaieté de la vie nocturne I Il est vrai qu’on peut se rabattre sur les modestes quinquets à l’huile.
Et puis, comme le note un rapport du citoyen Jacquier, agent national de district, « les beaux jours et la fraîcheur des soirées font prolonger les conversations et les promenades; et l’on s’aperçoit moins de la pénurie de la chandelle » (1).
Nous sommes alors en plein juillet. Mais que le mois de décembre arrive, et l’on deviendra moins poétique. Aux restrictions de la lumière s’ajouteront celles du chauffage, car Dieu sait combien coûteront un seau de charbon ou un crochet de bois !
Triste hiver de 1793-1794 où les Parisiens attraperont des engelures devant leurs cheminées vides et des fluxions de poitrine, la nuit, en attendant l’ouverture des marchés.
Durant cette période si critique, une seule denrée de première importance — la farine — est assez sérieusement protégée par le Maximum. Grâce à lui, la soudure entre les deux récoltes peut s’opérer sans trop de mal. Mais, dans tous les autres domaines, combien de fraudes sévissent encore ! Que d’accaparements illicites !
Le 17 mai, chez le nommé Dubois, pâtissier de la section des Lombards, on saisit « deux cents livres de beurre frais, cent livres de fondu, trois mille oeufs et trente-quatre jambons », marchandises probablement destinées à la fourniture des restaurants, tout comme les viandes de premier choix que certains bouchers vendent sous le manteau, en se moquant du Maximum.
Ce n’est pas encore la grande disette que la suppression du Maximum déchaînera après Thermidor, mais dans les classes peu fortunées on souffre déjà réellement : bien peu de gens mangent à leur faim.
Et voilà pourquoi, vingt ans plus tard, un rescapé de la Terreur la définira en ces termes :
« Une violente crise politique compliquée de non moins violentes crises d’estomac. »
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