Cantinières, vivandières, blanchisseuses.

Des femmes, bien de chez nous celles-là, partageaient la vie quotidienne des soldats. Au premier rang, ces femmes robustes qui, rarement, inspiraient d’autre tendre sentiment que la reconnaissance. Nous avons nommé les cantinières et les vivandières.

Le rôle des cantinières

Le rôle des cantinières dans la Grande Armée

On a trop tendance à confondre les rôles et les attributions de ces différentes personnes. La cantinière était à l’origine la femme du cantinier, personnage civil autorisé à préparer la cuisine et les repas des sous-officiers; une circulaire du 8 mai 1808 n’autorisait les cantines stables que dans les lieux militaires où il n’existaient pas d’habitations civiles. L’établissement ne pouvant être agréé qu’après accord du commandant de place et du ministre de la Guerre.
Progressivement les cantinières. qui aidaient à l’origine leurs maris, se mirent à vendre des marchandises diverses: nourriture, vin, lacets, mouchoirs. papier etc… Cette fonction était en principe réservée aux vivandières, chargées de vendre des vivres: avec le temps les deux fonctions devinrent identiques et le mot cantinière l’emporta sur celui de vivandière. Quant aux blanchisseuses. point besoin de grands commentaires pour expliquer l’immense tâche qui les attendait à une époque où une grande partie des tenues militaires est de couleur blanche

La tenue des cantinières et vivandières

Cantinières et vivandières et grognards de Napoléon

Les cantinières et vivandières n’ont jamais eu d’uniforme établit par les règlements ; il faudra attendre l’époque Louis-Philippe et le Second-Empire pour voir apparaître des « tenues de corps ». Ce n’est vraiment sous la Ille république que ces dames auront une tenue réglementée.
De la Révolution à l’Empire, cantinières et vivandières auront des tenues civiles agrémentées parfois d’éléments militaires comme des bottes. des guêtres, un bonnet de police, voir une pelisse. Les témoignages sont assez nombreux sur toutes ces femmes mais rares en matière d’uniformologie et pour cause. Écoutons cependant le pharmacien Sébastien Blaze, qui nous décrit une cantinière à Séville en juillet 1812 « Elle allait à pied avec un petit baril suspendu derrière l’épaule. Une robe de velours noir superbe. Cinq ou six tours d’une chaîne d’or suspendaient à son cou une montre du même détail. Un mouchoir de couleur sur la tête, des bas sales, des bottes crottées complétaient sa toilette. » Un autre mémorialiste du service de santé, Cadet de Gassicourt, donne le portrait d’une vivandière pendant la campagne d’Autriche de 1809 :
« Cette vivandière avait environ trente à trente-quatre ans. Sa mise était bizarre mais propre son accoutrement consistait dans une jupe de toile peinte, une veste de drap gris, une ceinture de peau, un vieux feutre qui couvrait sa tête déjà enveloppée d’un mouchoir en marmotte (sic), Sans être laide ni jolie, sa figure avait beaucoup d’expression.« 

les cantinières étaient des combattantes parfois héroïques

Sans entrer dans le domaine particulier des femmes soldats (principalement sous la période révolutionnaire). certaines cantinières ou vivandières eurent parfois des actions héroïques ou payèrent de leur vie leur dévouement. Tous les amateurs de l’épopée connaissent le tableau de Leieune sur la bataille de Chiclana où l’on voit Catherine Baland cantinière au 95e distribuer de l’eau-de-vie aux soldats elle reçut la croix en 1813.
Cazajus, cantinière au 57e, qui se distingue le 5 juin 1807 à l’attaque de Lomitten en allant distribuer sous une grêle de balles deux barils d’eau-de-vie à nos soldats. Marie Dauranne, blanchisseuse â la 51e demi-brigade qui, le 21 décembre 1796, sauve un soldat de la noyade en se jetant à l’eau.
On pourrait en citer encore de nombreuses, l’article serait bien trop long !
A une époque ou le courage était une chose banale, il convenait de rappeler que celui-ci n’était pas exclusivement l’apanage du sexe fort.

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Le saviez-vous ?
La carrière des cantinières

Comment débutaient-elles dans ce rude métier ? En accéléré, voici le déroulement type de carrière de ces dames : elles commencent par suivre un soldat qui a su insuffler de l'amour dans un coeur pas encore endurci. Comme leurs hommes, elles cheminent d'abord à pied avec, pour le moral des autres, un baril d'eau-de-vie en sautoir.
Au bout de quelques semaines les voici confortablement installées sur un cheval « trouvé ». A gauche, à droite, par-devant, par-derrière, des amoncellements de barils, de cervelas, de saucisses, de fromages, habilement disposés.
C'est le début d'un petit négoce qui ne prospérera qu'à force d'énergie, de vigueur, d'endurance à la froidure, à la pluie, à la boue et à la neige. Autant de qualités qui font de ces pittoresques mégères les dignes homologues des vieux grenadiers.

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