

La panique, avec sauve qui peut, commence à gagner dès le 15 août les milieux ultra collaboratistes de Paris -panique qui n’a d’égale que celle des services civils administratifs allemands, lesquels reçoivent ordre d’évacuer la capitale le 16.
Marcel Déat démontre un tel désarroi que personne parmi les proches ne reconnaît plus « le superbe héros qu’il sut être entre 1914 et 1918 ». Après une entrevue avec Otto Abetz qui lui confirme que « tout va mal, Orléans pris, Chartres pris, Dreux pris… » il fait faire en toute hâte ses bagages par son chauffeur-majordome.
Abel Bonnard arrive, accompagné de sa vieille mère et de son frère. On lui a volé sa voiture, remplie de bibelots d’art et de crèmes parfumées. Il voyage dans une torpédo allemande, conduite par un soldat, poitrine au vent, portant une bande de mitrailleuse en sautoir, Abel Bonnard regarde la voiture voisine des secrétaires d’État à l’ Information. « Ce Paul Marion, dit-il, a toutes les veines; son chauffeur est beau comme un dieu… » Il est trop vrai qu’Abel Bonnard est connu pour avoir toujours su savourer les Apollons. Il est trop vrai aussi qu’il n’a guère d’illusions à nourrir sur la moindre indulgence des futurs vainqueurs. Ministre, il a créé deux chaires d’antisémitisme à la Sorbonne et on le désigne comme « plus Allemand que les Allemands ».
Marcel Déat part le 17, à 4 h 30 du matin, inscrivant sur son Journal de Guerre: « Nous ramassons les ultimes colis, qui sont légion… Nous entassons tout très difficilement dans la voiture… J’ai ma mitraillette et mon colt, le chauffeur a mon 92, un milicien m’accompagne. » Puis: « On file aussi vite qu’on peut. Toujours des convois sans fin.Plusieurs fois, nous devons nous arrêter, car il passe dans le ciel de puissantes escadres de bombardiers lourds. »

Il ne paraît pas avoir la moindre pensée pour le conseil de cabinet, le dernier, qui réunit à 18 h 30, à Matignon, les ministres et secrétaires d’État, sous la présidence de Pierre Laval, (qu’il déteste autant qu’il abhorre Léon Blum), et auquel il se devait de participer comme secrétaire d’État au Travail. La séance s’ouvre à la minute précise. Au demeurant, c’est pour entendre lire un télégramme de Vichy annonçant que les Allemands exigent le transfert, de Vichy à Belfort, du siège du gouvernement.
Une lettre d’Abetz confirme. Pierre Laval précise: « Si les Allemands veulent nous emmener de force, ce ne sera, pour ce qui me concerne, qu’en tant que prisonnier, et non comme chef de gouvernement… » C’est d’ailleurs après ce conseil que Pierre Laval est emmené, dans son Hotchkiss noire.On entend Abel Bonnard, ministre de l’ Instruction Publique, sangloter: « Rester, c’est se livrer aux bêtes…Seuls, les imbéciles peuvent penser à ne pas partir… »