Fuite des collaborateurs avant la libération de Paris en 1944

Les privations avant la libération de Paris

Fuite des collaborateurs avant la libération de Paris en 1944
La ration de viande, disent les chansonniers qui survivent, pourrait s’envelopper dans un ticket de métro. Le pain, noir, est à peine mangeable. Pour ce mois d’août, les tickets de rationnement donnent lieu à deux oeufs, 100 grammes d’huile et 80 grammes de viande par tête de Parisien pour la semaine.Où sont passés les porcelets ? Paris en consommait 120000 en 1938; on n’en dénombre plus que quelque 6000.
Le gibier a pratiquement disparu de la table des Parisiens. On sert sur le zinc, en guise de « café national », un liquide noirâtre à base de glands, café imaginaire. Il n’y a droit à alcool dans les cafés que trois jours par semaine, d’où la distinction entre jours sans et jours avec. Désormais, depuis un mois, des tickets sont nécessaires pour toucher 250 grammes de tomates et 250 grammes de radis ! Les privations sont d’autant plus sévères que, du fait de la guerre, voici perdues les deux provinces mamelles de Paris, la Bretagne et la Normandie. Plus moyen de compter sur le colis de beurre ou de pommes de terre de l’oncle de Saint-Pol de Léon ou de la tante de Pont-l’Évêque. Du coup, c’est à qui saura se débrouiller. On fait de l’huile de salade avec du lichen blanc, de l’huile de lin et de l’eau. On confectionne des gâteaux de carotte, des pâtés de rutabagas, des biscuits aux navets. Des châtaignes, on fait du chocolat. Un « marchand de comestibles, cuisinier au surplus » indique la meilleure manière de cuisiner, sans matières grasses, un civet de corbeaux en oubliant simplement de préciser comment chasser le corbeau. Une chambre-à-coucher, ou un balcon, devient basse-cour; une baignoire, lapinière; un placard, bauge à cochon si l’on arrive à moissonner assez d’herbe dans les jardins publics pour nourrir les lapins et si l’on sait obtenir du boucher assez de détritus pour le cochon. Les légumes se cultivent jusque dans les pots ou les bacs de fleurs. Le faux tabac donne lieu à une véritable industrie. On fume l’armoise, le tilleul, les feuilles de betteraves, les, feuilles de tomates. On trouve des cigares dont l’intérieur est un mélange « subtil » d’herbe et de sciure de bois. Jamais les fumeurs n’auront tant sucé ou chassé le mégot.

La fuite des collaborateurs à Paris en août 1944

La panique commence à gagner les collaborateurs dès le 15 août 1944

La panique, avec sauve qui peut, commence à gagner dès le 15 août les milieux ultra collaboratistes de Paris -panique qui n’a d’égale que celle des services civils administratifs allemands, lesquels reçoivent ordre d’évacuer la capitale le 16.
Marcel Déat démontre un tel désarroi que personne parmi les proches ne reconnaît plus « le superbe héros qu’il sut être entre 1914 et 1918 ». Après une entrevue avec Otto Abetz qui lui confirme que « tout va mal, Orléans pris, Chartres pris, Dreux pris… » il fait faire en toute hâte ses bagages par son chauffeur-majordome.
Abel Bonnard arrive, accompagné de sa vieille mère et de son frère. On lui a volé sa voiture, remplie de bibelots d’art et de crèmes parfumées. Il voyage dans une torpédo allemande, conduite par un soldat, poitrine au vent, portant une bande de mitrailleuse en sautoir, Abel Bonnard regarde la voiture voisine des secrétaires d’État à l’ Information. « Ce Paul Marion, dit-il, a toutes les veines; son chauffeur est beau comme un dieu… » Il est trop vrai qu’Abel Bonnard est connu pour avoir toujours su savourer les Apollons. Il est trop vrai aussi qu’il n’a guère d’illusions à nourrir sur la moindre indulgence des futurs vainqueurs. Ministre, il a créé deux chaires d’antisémitisme à la Sorbonne et on le désigne comme « plus Allemand que les Allemands ».
Marcel Déat part le 17, à 4 h 30 du matin, inscrivant sur son Journal de Guerre: « Nous ramassons les ultimes colis, qui sont légion… Nous entassons tout très difficilement dans la voiture… J’ai ma mitraillette et mon colt, le chauffeur a mon 92, un milicien m’accompagne. » Puis: « On file aussi vite qu’on peut. Toujours des convois sans fin.Plusieurs fois, nous devons nous arrêter, car il passe dans le ciel de puissantes escadres de bombardiers lourds. »

Le dernier conseil de cabinet du gouvernement Pétain

Fuite des collaborateurs avant la libération de Paris en 1944

Il ne paraît pas avoir la moindre pensée pour le conseil de cabinet, le dernier, qui réunit à 18 h 30, à Matignon, les ministres et secrétaires d’État, sous la présidence de Pierre Laval, (qu’il déteste autant qu’il abhorre Léon Blum), et auquel il se devait de participer comme secrétaire d’État au Travail. La séance s’ouvre à la minute précise. Au demeurant, c’est pour entendre lire un télégramme de Vichy annonçant que les Allemands exigent le transfert, de Vichy à Belfort, du siège du gouvernement.
Une lettre d’Abetz confirme. Pierre Laval précise: « Si les Allemands veulent nous emmener de force, ce ne sera, pour ce qui me concerne, qu’en tant que prisonnier, et non comme chef de gouvernement… » C’est d’ailleurs après ce conseil que Pierre Laval est emmené, dans son Hotchkiss noire.On entend Abel Bonnard, ministre de l’ Instruction Publique, sangloter: « Rester, c’est se livrer aux bêtes…Seuls, les imbéciles peuvent penser à ne pas partir… »

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