
Les Tigres Volants s’attaquaient à un ennemi numériquement et techniquement supérieur, dont le ki-43 ( Oscar pour les alliés ) que les Américains confondirent avec le Zéro de la marine, d’où des revendications de victoire inexactes. Le 25 février 1942, les Japonais envoyèrent 166 avions au-dessus de Rangoon. Les Tigres leur firent face avec neuf P-40; ils en perdirent trois mais abattirent 24 appareils nippons. Le lendemain, l’ennemi revint à la charge avec 200 avions. Les six pilotes de l’A.V.G. en abattirent 18 et rentrèrent sains et saufs à leur base. Ils avaient coutume de peindre sur le partie du capot située sous le cockpit un petit drapeau japonais par avion ennemi abattu.
Le Tigres devaient leurs succès à la tactique que Chennault leur enseignait au mépris de la doctrine officielle. «Foncez et piquez au travers de la formation ennemie, tirez et prenez du champ», leur conseillait-il tout en dessinant des procédures d’attaque au tableau noir à la façon d’un entraîneur sportif. Il suivait leurs manoeuvres à la jumelle du haut d’une tour de bambou branlante. Les Tigres Volants jouèrent un rôle déterminant en I.C.B. A la fin des hostilités, ils avaient à leur actif plus de 1200 victoires certaines et 700 probables, et n’avaient perdu que 573 appareils.

Répartis en trois escadrilles — les Anges de l’Enfer, les Ours Pandas, les Adam et Eve — les pilotes ne demandaient qu’à se battre. Pour impressionner l’ennemi et lui donner l’illusion qu’il avait affaire à des forces très importantes, ils modifiaient les matricules inscrits sur les fuselages et repeignaient fréquemment en des tons différents le nez de leurs P-40. Ces stratagèmes atteignirent si bien leur but qu’en automne 1942 la radio de Tokyo parla de détruire les 200 chasseurs de l’escadrille qui, à l’époque, n’en comptait que 29!
Au sol, les Tigres vivaient comme bon leur semblait. La discipline était réduite au minimum; ils ne revêtaient la tenue que pour les circonstances officielles, notamment les cérémonies funèbres. Quand ils n’étaient pas en mission, ils chassaient le tigre en Birmanie ou le canard à K’ouenming, dormaient dans la salle d’alerte, menaient joyeuse vie dans les bars de Rangoon, fredonnaient des chansons de corps de garde ou jouaient au poker avec Chennault, qui réussissait à les battre.