
Après 1940, Hitler vivait de plus en plus éloigné du public, soit dans les interminables appartements de la Chancellerie, à Berlin, soit dans son « nid d’aigle », à Berchtesgaden, soit encore dans l’un des camps retranchés solidement défendus en profondeur qui lui servaient de G.Q.G. et où, à l’abri de tout danger, il dirigeait son chef-d’oeuvre : la guerre.
En 1944, son principal Q.G. se trouvait à Rastenbourg, en Prusse-Orientale. C’était un camp situé au sein d’une profonde forêt et baptisé « la Tanière du loup », nom qui ne manquait pas de romantisme. Hitler décidait ses déplacements de la manière la plus arbitraire et son entourage (civil et militaire) s’adaptait à ces voyages imprévus avec une alacrité d’automates. Les dates des « déménagements » n’étaient connues à l’avance que de quelques intimes et les plans de déplacement du train blindé ou des avions n’étaient communiqués qu’au tout dernier moment et seulement à ceux dont le concours était indispensable.

Le service des eaux, au IVe siècle, était confié à un fonctionnaire spécial, dont l’importance était telle qu’on ne le choisissait pas par tirage au sort, comme la plupart des magistrats, mais par élection. Il devait être riche pour pouvoir contribuer de ses deniers aux devoirs de sa charge.

Le chalet de Hitler, pourvu d’un abri souterrain en ciment, occupait le centre d’un groupe de postes de défense et de contrôle, de haies de barbelés et de champs de mines. Trois barrières circulaires de barbelés l’entouraient et peu de personnes étaient autorisées à pénétrer à l’intérieur du cercle central, où il vivait. Le chenil de ses chiens-loups se trouvait tout près de son chalet. Il y avait un autre chalet où se tenaient les réunions d’état-major, et un troisième chalet abritait ses conseillers militaires. D’autres chalets et cantonnements servaient aux hommes de sa garde, à la station radio, au standard téléphonique, au train, tout cela caché à l’ombre des sapins. On avait camouflé tous les bâtiments; des plantes poussaient sur les toits; un filet vert couvrait la voie de chemin de fer. Avec le temps – car la guerre durait plus longtemps que ne l’avait prévu Hitler beaucoup d’autres constructions apparurent. Pavillons pour les invités, magasins pour les marchandises, un mess pour les officiers, une salle de cinéma. Le Repaire du loup devint une petite ville, bâtie en grande partie autour de la voie ferrée. Et cependant jusqu’à la fin elle conserva un caractère informe et inorganisé, comme si elle avait poussé au hasard, sans qu’on y prenne garde et sans même qu’on y pense.