La libération de Paris en août 1944

La libération de paris

La joie pendant la libération de Paris en août 1944
Il a trente-six ans, fils de Mayet, dans la Sarthe. Un colosse trapu, aux muscles noueux, au visage large. Grand front; nuque en falaise. Il arbore une fine barbe rousse. Plus encore, il arbore la tenue la plus sale qui puisse s’imaginer, une combinaison maculée d’huile et de sueur, une face toute noire de poussière et de fumée. Il a nom Raymond Dronne -même si les journaux de demain vont l’orthographier Dionne ou Bronne. Il est capitaine. Il dirige un petit groupement d’avant-garde, qui engage trois Sherman et une demi-douzaine de half-tracks. Dieu merci! Les trois chars portent des noms plus nobles que celui de sa jeep. Des noms de batailles napoléoniennes, Romilly, Montmirail et Champaubert. Lui-même prend place dans la tourelle du Romilly, pour faire son entrée dans la capitale.
Il est environ 20 heures: d’ores et déjà personne ne peut lui disputer le titre d’être le premier officier des forces de libération à entrer dans Paris libéré. Il surgit porte d’Italie. C’est parmi toute une marée humaine, enthousiaste et frénétique, qu’il a à faire route. Jeunes filles et jeunes femmes l’embrassent sans discontinuer. L’une d’elles, costumée en Alsacienne, réussit même à prendre place sur le char à ses côtés; son nom: Jeanne Borchert. « Drôle de conquête », se dit-il.
Il s’engage dans l’avenue d’Italie, puis dans tout un dédale de petites rues. Vainement quelques balles allemandes sifflent-elles à hauteur de la gare d’ Austerlitz. Il choisit de ne pas répliquer. Il passe. D’un geste joyeux, il salue le pont Austerlitz, qui n’a donc pas sauté, puis Notre-Dame, toute recueillie dans le soir.
Il n’a plus, sur son élan, toujours parmi une énorme foule délirante, qu’à se laisser porter jusqu’à l’Hôtel de Ville. Sa montre marque exactement 22 h 15, lorsqu’il entre dans la préfecture, flanqué du soldat Pirlien (ou Pillien ou Pillian) du 3e régiment de la 2e D.B. Instants indicibles. Marseillaise qui semble chantée par tout Paris.

Tous les Parisiens aux fenêtres, chantent et agitent des drapeaux

La libération de Paris en août 1944

Avertis par Pierre Crénesse à la radio, tous les Parisiens aux fenêtres, chantent et agitent des drapeaux. Le petit Bidault embrasse ce colosse crasseux. Noms d’autres soldats qui accompagnent le héros : Grantaloupt Jean, de Saint-Ëtienne; Pottier, de Saint-Malo. Ce petit gars, Pirlian, en uniforme français et en casque américain, avec un drôle de casque très haut, très rond, qui étonne tout le monde.
Bidault, les larmes dans les yeux, disant: « Mon capitaine, au nom des soldats sans uniforme de France, j’embrasse en vous le premier soldat français en uniforme pénétrant dans Paris ». Dronne se présentant, infanterie coloniale, 1er régiment de marche du Tchad, colon du Camroun, combattant depuis août 40.

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