
Un nouvel ordre terrible d’Hitler est transmis par radio : « Paris sera transformé en un tas de décombres. Le général commandant en chef défendra cette ville jusqu’au dernier homme et au besoin se fera ensevelir dessous. »
Mais les avions du Bourget qui devaient écraser les quartiers nord-est de Paris sont hâtivement repliés sur des aérodromes du Nord et de l’Est. Von Choltitz prend langue avec l’ancien généralissime von Brauchitsch, limogé après les premiers échecs de la Wehrmacht en Russie en 1941 , ancien élève du lycée français de Berlin, qui lui conseille de gagner du temps. Il paraît d’ailleurs définitivement décidé à épargner à la capitale française « des folles destructions », converti aux analyses du commandant Bender et du baron autrichien von PockPastor, dès cette heure partisans de négocier une reddition.
Le Feldmarschall Model multiplie les ordres comminatoires. De Rastenburg, le général Jodl promet à von Choltitz les plus énergiques appuis, précisant que les 268 et 278 SS. Panzer seront engagées dans la défense de Paris sous quelques jours. Les troupes allemandes de la capitale se retranchent sur de solides points d’appui, École militaire, Chambre des Députés, Luxembourg, Central-Archives, Concorde, Opéra, place de la République, Hôtel Majestic, Hôtel Meurice, Quai d’Orsay. Les SS. organisent quelques furieuses sorties de blindés, malgré la menace que font peser les commandos de volontaires de Lizé, lequel fait transformer les bouteilles de champagne vides en bouteilles Molotov, selon une recette mise au point par les F. F.I. du 148 arrondissement du capitaine Charles Denis: un petit tube d’acide sulfurique scellé dans le culot; de l’essence; le bout enrobé de goudron.
Mais, sur plusieurs secteurs de Paris, les troupes allemandes se disloquent et, par paquets entiers, les soldats allemands se rendent, malgré les vexations et les humiliations dont ils sont aussitôt l’objet de la part d’une population survoltée.

Les soldats allemands sont des milliers à se rendre et, regard au désespoir, doivent défiler, mains croisées sur la tête, sous les quolibets et les crachats des foules. La vision des colonnes en déroute est assez hallucinante, soldats qui ont jeté leurs armes et s’enfuyant sur des vélos volés; fantassins qui soutiennent des blessés ; camions surchargés de tout un invraisemblable attirail ; véhicules hippomobiles traînés par des chevaux raflés aux cochers de fiacres; Françaises qui ne veulent pas se séparer de leur petit ami, ou qui ne veulent pas connaître le sort de celles, convaincus de « concubinage boche », que les F.F.I. tondent au double zéro, constellent, au rouge à lèvres, de croix gammées et font défiler, parfois nues, sous les huées et les sarcasmes.