Au couvent des Carmes
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couvent des carmes à paris en 1792
Il était alors près de cinq heures et le bruit venait de se répandre dans le public qu'on massacrait aux Carmes. tout se passait derrière de hautes murailles, ce qui avait découragé les badauds; quant aux habitants du quartier, ils paraissaient se soucier fort peu d'une action révolutionnaire dont ils n'avaient rien à craindre pour eux-mêmes. Lorsque arrivèrent les jours sombres, beaucoup d'ecclésiastiques se sentant menacés et se trouvant parfois sans asile songèrent à ce couvent si tranquille que la persécution n'avait pas atteint et se dirent qu'ils y seraient peut-être en sûreté.
D'autres y vinrent sur les conseils d'amis et même de membres de leurs sections; quelques-uns enfin y avaient été amenés d'office, peut-être parce qu'on espérait ainsi les sauver. A partir du 11 août, pourtant, un certain nombre de prêtres furent enfermés dans l'église des Carmes pour avoir refusé de prêter serment. Combien étaient-ils, derrière les murailles du vieux couvent? On ne sait au juste... Cent cinquante, deux cents peut-être.
Presque tous devaient y trouver la mort.
Le massacre eut, aux Carmes, cette particularité qu'il fut effectué à huis clos et par des volontaires non rétribués qui, sans doute, trouvèrent leur récompense dans la satisfaction du devoir accompli.
Vers quatre heures, les portes donnant sur la rue s'ouvrirent devant des hommes armés de fusils et de piques, presque tous ayant un sabre à la ceinture, qui entrèrent par petits groupes. Il y eut des conciliabules entre ces hommes. Une heure plus tard, on entendait des cris et l'on apprenait que l'archevêque d'Arles venait d'être mis à mort.
Alors ce fut comme une envolée de soutanes, une fuite éperdue qui donna lieu à une véritable chasse à l'homme; des prêtres furent abattus à coups de fusil et à coups de sabre derrière les arbres, les buissons fleuris, les charmilles odorantes. Commencée vers cinq heures, la scène se prolongea jusqu'à six. Lorsque les chasseurs estimèrent que le divertissement avait assez duré, ils s'entendirent pour rabattre le gibier et poussèrent, à coups de plat de sabre, les prêtres encore debout, blessés ou non, à l'intérieur de l'église.
Un couloir étroit, qui s'ouvrait auprès de la sacristie et aboutissait à un petit perron encadré par une grille tapissée de plantes grimpantes, permettait de se rendre de l'église au jardin. Avant d'atteindre le perron, au pied d'un escalier conduisant à l'étage, le couloir s'élargissait, formant comme une sorte de palier de plusieurs mètres carrés.
Le commissaire de la section fit placer là une table et une chaise et y installa son tribunal Sur le perron, et devant ses quelques marches, se groupèrent des patriotes armés de sabres, de piques et de pistolets, prêts à procéder aux exécutions. Deux prêtres sortirent alors de la sacristie et s'avancèrent vers la table, leur bréviaire à la main. Ils étaient très pâles mais paraissaient résolus. Le commissaire, qui n'avait pas l'air d'un méchant homme, leur fit déclarer leurs noms et qualités, puis il leur demanda de prêter serment.
Cela nous est impossible, répondirent-ils.
Le juge soupira, et, d'un geste, ordonna de les faire passer dans le jardin. Ce simple geste constituait un arrêt de mort. On entendit des cris de douleur, un cliquetis d'armes, des hurlements, puis, enfin, l'inévitable cri de « Vive la nation ». La même scène se répéta un certain nombre de fois malgré les efforts du commissaire, qui aurait voulu faire cesser ce carnage.
Des tueurs qui, profitant d'une accalmie, fumaient tranquillement leur pipe sur le perron. Les exécutions commençaient en effet à s'espacer et, d'ailleurs, les tueurs se lassaient. Le commissaire profita de cette lassitude pour sauver quelques prêtres.
L'abbé de Barbot, reconnu par des voisins, fut sauvé par le commissaire, qui dit aux exécuteurs :
Mes amis, en voilà un que ses concitoyens réclament. Je vous propose de le mettre à part.
Qu'on le mette à part, répondirent-ils.
On parvint alors à faire coucher sous des bancs de l'église, en même temps que l'abbé Barbot, six autres prêtres qui furent ensuite conduits à la section, assemblée dans l'église Saint-Sulpice. Ces prêtres eurent la vie sauve.
Les massacres prirent fin un peu avant huit heures. Les portes du jardin furent alors ouvertes et le public fut admis à contempler les cadavres.
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