Le premier condamné à mort
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A l'Assemblée, l'aréopage au grand complet est admis à la barre. Le président Montané lit son allocution et la termine par ces mots :
« Nous attendrons le moment de déployer toute la sévérité des lois contre les ennemis de la chose publique. »
Ce moment est bien long à venir car le tribunal se trouve paralysé par un décret qui précise que les mises en accusation seront prononcées par une commission de six députés. Or, les six n'ont encore envoyé personne, ce qui risque de compromettre, aux yeux des citoyens, la bonne volonté des juges. Déjà, on les accuse d'inertie. Marat se charge de dégager de leurs scrupules ces fonctionnaires impatients. Sans tarder davantage, il fait voter l'abolition de la commission incriminée et fait autoriser l'accusateur public « à poursuivre les délits de sa compétence sur les décrets d'accusation rendus ou à rendre par la Convention nationale ». Cependant, cette intervention de l'Assemblée paraît encore trop gênante : trois jours plus tard, le 5 avril, l'accusateur reçoit toute liberté d'exercer des poursuites, sur simple dénonciation des autorités constituées ou des citoyens eux-mêmes. Un décret de la Convention reste exigé pour les députés, les ministres et les généraux. Cette formalité ne tardera d'ailleurs pas à disparaître, comme le reste des autres garanties.
On peut se mettre au travail. Dès le lendemain 6 avril, le premier accusé comparaît.
C'est un gentilhomme poitevin, Guyot des Maulans, arrêté au bourg de l'Égalité — entendez Bourg-la-Reine — porteur de deux passeports et d'une cocarde blanche. En voilà plus qu'il n'en faut pour « passer sa tête à la chatière », comme disent les sans-culottes dans leur langue pittoresque. Le malheureux est, en effet, condamné à mort. Mais, chose curieuse, « en prononçant son jugement, les juges, les jurés, presque tout l'auditoire, fondent en larmes ».
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Tribunal révolutionnaire