Ce que veulent Danton et Robespierre
rideau
Robespierre
Un tribunal, voilà ce que veulent les Danton et les Robespierre, un tribunal qui fera légalement leur basse besogne de police. Ils ne songent pas, ces incensés, qu'un parti qui recourt à ces moyens se condamne infailliblement. Le même instrument qui va frapper les adversaires frappera, demain, les amis, car, en révolution, les partisans du jour seront les rivaux les plus acharnés quand la fortune changera de camp.
Durant quarante-huit heures, on en délibère à la Convention. Le 9 mars, on adopte le projet : les magistrats populaires rendront des sentences exécutoires sans appel.
danton
Cependant, comme la journée s'achève, la fatigue commence à avoir raison des plus exaltés. Un à un, les députés se lèvent, un peu las, et se dirigent vers la sortie. La séance va se terminer sans que les décisions essentielles soient prises. Soudain, Danton qui ne songe jamais au repos, s'élance à la tribune :
« Je somme tous les bons citoyens de ne pas quitter leur poste ! » s'exclame-t-il. Les députés, surpris, s'arrêtent, et regagnent leurs places. Un profond silence s'établit. L'aboyeur de la Montagne rappelle les périls de la patrie et se montre surpris que l'on balance à punir quelques contre-révolutionnaires. Le « tribunal suprême de la vengeance du peuple » punira les « ennemis de la liberté ». « Je ne vois pas de milieu entre les formes ordinaires et un tribunal révolutionnaire. L'histoire atteste cette vérité. » Les massacres de septembre n'auraient pas eu lieu si un tribunal révolutionnaire avait existé. Celui du 17 août était trop faible, trop esclave de la vieille procédure. « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être ; organisons un tribunal, non pas bien, cela est impossible, mais le moins mal qu'il se pourra, afin que le glaive de la Loi pèse sur la tête de tous ses ennemis. » Le tribunal révolutionnaire doit donc être organisé immédiatement et la Convention lui donnera « tous les moyens d'action et d'énergie qui lui sont nécessaires ».
Le grand Cordelier descend de la tribune. Cet ouragan de phrases sonores a soulevé l'Assemblée. On applaudit mais, comme il est sept heures du soir, les imaginations surchauffées abandonnent cependant les conspirateurs pour des préoccupations plus prosaïques. Chacun songe au foyer et à la table mise, où la citoyenne s'impatiente devant les assiettes vides. D'un commun accord, l'Assemblée se sépare pendant deux heures. Un tel débat mérite bien que l'on aille prendre des forces.
A neuf heures, à la clarté jaunâtre des quinquets et des chandelles, la discussion renaît. Elle se prolonge durant sept longues heures et, lorsque dans le matin blême et froid les Conventionnels abandonnent la salle du Manège, la nation est dotée du terrible organisme qui fera la Terreur. Son champ d'action est vaste, pratiquement illimité.
Il « connaîtra de toute entreprise contre-révolutionnaire, de tous attentats contre la liberté, l'égalité, l'unité, l'indivisibilité de la République, la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat, et de tous les complots tendant à rétablir la royauté, ou à établir toute autre autorité attentatoire à la liberté, à l'égalité et à la souveraineté du peuple, soit que les accusés soient fonctionnaires civils ou militaires, ou simples citoyens ».
Il sera composé d'un jury et de cinq juges. Le juge élu le premier présidera. Il y aura, en outre, un accusateur public et deux substituts nommés par la Convention, comme les juges et les jurés. L'Assemblée les désignera sans les connaître. Elle ignorera même, pour certains, jusqu'à leur domicile.
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