La noblesse militaire
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noblesse-1789
Si la vénalité des offices soulève déjà de vives protestations, celle des grades dans l'armée provoque, depuis longtemps, une véritable indignation, dont les cahiers de la noblesse se font le vibrant écho. Là aussi, le phénomène remonte à la fin du 17e siècle, puisque, dès la Régence, on prend desmesures pour réserver aux nobles d'ancienne souche les grades de l'armée. Par achat de compagnies, voire de régiments, les nouveaux nobles barrent l'avancement des anciens. Nombre d'auteurs, du comte de Quincy au chevalier d'Arc, se sont préoccupés de ce lancinant problème, offrant des solutions dont l'esprit se retrouve dans l'édit du comte de Saint-Germain (1776), supprimant la finance dans tous les emplois militaires, mais par étapes, le Trésor étant incapable de rembourser d'un seul coup toutes les commissions d'officiers. L'ordonnance de Ségur, en 1781, avait amplifié cette réforme en exigeant quatre degrés de noblesse pour être officier, ce qui était réparer une injustice par une autre injustice.
En dépit de ces deux mesures protectionnistes, la finance et la haute noblesse avaient tourné la difficulté, obtenant même la création d'un nouveau grade, celui de major en second, toujours donné à quelques protégés de la cour. C'est contre cette innovation que proteste la noblesse de La Rochelle : « L'ordre n'est pas moins affligé de voir la différence marquée que les mêmes ordonnances établissent entre les gens de la cour, ou "présentés", et la noblesse qui habite la province ; le grade de major en second, affecté de manière positive à la portion de gens à crédit qui, sans avoir encore mérité, obtiennent les régiments et réduisent en fait le reste de la noblesse à la perspective du grade de lieutenant-colonel, tout espoir au delà devient illusoire, ce qui dégoûte un grand nombre d'officiers précieux par leurs connaissances, prive les régiments de la classe la plus intéressante de leurs chefs et répand un découragement général... »
Quant à la noblesse de Bouzonville, en Lorraine, elle déclare franchement : « La noblesse militaire devient financière ; les gouvernements, les commandements sont l'apanage de la noblesse de cour... » Puis elle ironise : « Un enfant à peine échappé du collège vient, avec un étalage de luxe humiliant pour les autres, apprendre à un capitaine de grenadiers ce que ce dernier avait appris à son père... » La suppression de la vénalité des charges, la reconnaissance du mérite personnel, l'accès de tous, sans restriction, aux plus hauts grades militaires, la garantie des libertés individuelles contre le despotisme ministériel, tels sont les principaux voeux de la noblesse provinciale. Elle ne dissimule pas sa rancoeur contre la Cour, sa haine des « traitants » qui ont avili la noblesse en l'achetant, et sa défiance à l'égard de l'absolutisme royal, qui a détruit peu à peu les droits de la noblesse primitive et restreint ses libertés.
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La crise de la noblesse