La circulation dans Rome
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circulation dans la rome antique

La circulation était dominée par cette opposition du jour et de la nuit. Dans la journée, c'était une animation intense, une bousculade échevelée, un infernal vacarme.
Ici, les barbiers rasent leurs clients au milieu de la chaussée. Là, les colporteurs du Trastevere s'en vont troquant leurs paquets d'allumettes soufrées contre des verroteries. Ailleurs, des gargotiers, enroués à force d'appeler une clientèle qui fait la sourde oreille, exhibent leurs saucisses fumantes dans leurs casseroles chaudes. Des maîtres d'école et leurs élèves s'égosillent en plein vent.
D'un côté, un changeur fait sonner sur une table malpropre sa provision de pièces à l'effigie de Néron ; de l'autre, un batteur de poussière d'or frappe à coups redoublés de son maillet brillant sur sa pierre usée ; au carrefour, un cercle de badauds s'exclame autour d'un charmeur de vipères ; partout retentissent les marteaux des chaudronniers, et. chevrotent les voix des mendiants qui, au nom de Bellone ou bien en souvenir de leurs infortunes aventureuses, s'efforcent d'attendrir les passants.
Ceux-ci s'écoulent en un flot ininterrompu que les obstacles qu'il rencontre n'empêchent point de devenir bientôt torrentiel. Par des ruelles indignes d'un village, c'est tout un monde, dans l'ombre ou le soleil, qui va, vient, crie, se presse et se pousse ; et, quinze siècles avant les embarras de Paris, qui excitèrent la verve de Boileau, les embarras de l'ancienne Rome ont défrayé celle de Juvénal.
La nuit, on pourrait croire qu'ils vont s'abolir dans le silence de la peur et une paix sépulcrale. Ils sont seulement remplacés par d'autres. Au défilé des hommes, maintenant réfugiés dans leurs immeubles, succède, par la volonté de César, celui des bêtes de somme, de leurs charretiers et de leurs convois.

la rime antique

Le dictateur avait, en effet, compris que, dans des venelles aussi accidentées, réduites et passantes que les vici de Rome, la circulation des véhicules, nécessitée par les besoins de centaines de mille habitants, eût amené, de jour, un embouteillage immédiat et constitué un danger permanent. D'où la mesure radicale qu'il a prise et que nous signifie sa loi posthume.
Après le lever du soleil et jusqu'aux abords du crépuscule, il ne sera plus toléré de chariots en déplacement à l'intérieur de l'Urbs. Ceux qui y auront été introduits pendant la nuit et que l'aube y aura surpris avant leur départ n'auront que le droit d'y stationner vides ; et quatre exceptions seulement seront admises à cette règle d­sormais inflexible.
Trois exceptions temporaires, d'abord, respectivement consenties : les jours de cérémonies solennelles, aux chars des Vestales, du Roi des Sacrifices, des Flamines ; les jours de triomphe, aux chars indispensables à la procession de la victoire ; les jours de jeux publics, aux chars que requiert cette célébration officielle.
Ensuite, une exception perpétuelle ac­ordée tous les jours de l'année aux chariots des entrepreneurs qui démolissent une ville asphyxiante pour la rebâtir plus saine et plus belle.
Hors ces cas très nettement déterminés, ne circulent, dans la vieille Rome, pendant la journée, que les piétons, les cavaliers, les possesseurs de litières et de chaises à porteurs.
En revanche, aux approches de la nuit, commencera le légitime branle-bas des charrois de toutes sortes qui remplissent la ville de leur tintamarre.
Car il ne faut pas croire que la législation de César ne lui ait guère survécu, que les particuliers en aient fait tôt ou tard sauter les dispositions draconiennes sous la pression de leurs aises ou de leurs convenances. La main de fer du dictateur a ployé les siècles, et les empereurs, ses héritiers, n'ont jamais affranchi les Romains des sujétions auxquelles, dans l'intérêt vital de la collectivité, il les avait durement soumis. Ils les ont, à tour de rôle, consacrées, renforcées.

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