Des rues étroites et sales
rideau
les rue de la rome antique

Une foule mélangée et colorée envahit dès le matin les rues de Rome. Ceux qui, pour se rendre à leurs affaires, traversent la ville sans avoir les moyens de se faire transporter en litière, se mêlent aux camelots, aux mendiants, aux coupe-bourse et à tous ceux qui sont à l'affût d'un mauvais coup. Les marchands de saucisses et de bouillies de pois chiche avec leurs éventaires fumants se fraient péniblement un chemin au milieu des pauvres hères qui proposent à même le pavé de la vaisselle ébréchée découverte sans doute dans quelque tas d'ordure, des chanteurs des rues qui braillent d'une voix éraillée un air à la mode, des enfants dressés par leur mère à mendier en agrippant le manteau des passants, des faux naufragés qui tentent d'apitoyer les crédules en brandissant un panneau peint représentant le naufrage où ils sont censés avoir perdu tous leurs biens. C'est autour du Grand Cirque ou dans les ruelles de Subure que le spectacle est le plus animé. Là se sont donné rendez-vous tous les charlatans et les artistes ambulants. Des funambules marchent sur une corde raide, un équilibriste exécute des tours d'adresse au sommet d'une perche, de pitoyables animaux savants vêtus d'oripeaux imitent les activités humaines sous les rires des badauds. Près des arches du Cirque, les devins donnent des consultations, ces mages qui prétendent posséder les secrets immémoriaux des sages orientaux et que l'on vient consulter pour savoir l'avenir.

On remarque surtout dans ce va-et-vient étourdissant les « louves » ou prostituées qui tentent d'attirer l'attention des riches amateurs. Martial et Juvénal ont croqué d'un trait cruel la Phrygienne à la chevelure surmontée d'une mitre bariolée qui, tapie sous les voûtes du Grand Cirque, appâte les hommes ou la Syrienne qui arpente la Voie Sacrée en souliers crottés. Elles rivalisent entre elles à qui sera la plus voyante. Elles portent des vêtements aux teintes tapageuses, ornés à outrance de franges ou de galons brodés, et leur prédilection va aux robes exotiques en mousseline transparente qui ne cachent pas grand-chose de leurs formes. Perruques blondes ou rousses, bijoux clinquants et sonores complètent l'attirail de ces femmes, pour la plupart d'origine étrangère et bien souvent esclaves, travaillant au bénéfice de leurs maîtres. Les plus belles d'entre elles ont pu cependant échapper à la domination tyrannique de leur proxénète et payer leur affranchissement. Elles exercent leur métier à leur compte et louent leurs services pour agrémenter les festins des Romains fortunés. Musiciennes, chanteuses ou danseuses, elles joignent à leurs charmes naturels des talents artistiques fort appréciés. Les plus recherchées sont les Espagnoles de Cadix qui interprètent les danses las­cives de leurs pays en poussant des cris obs­cènes très prisés des convives.

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La vie à Rome