L'Empereur Napoléon quitte Moscou
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napoléon quitte moscou

Le lundi 19 octobre, Napoléon, sous un beau soleil, sort du Kremlin par la porte du Sauveur. Un quart d'heure plus tard, il a quitté Moscou — sa plus lointaine et dernière conquête. Il a donné l'ordre au duc de Trévise de garder le Kremlin avec une -division, une brigade, deux compagnies de sapeurs, de l'artillerie et cinq cents, cavaliers... De le garder, mais aussi de l'incendier et de le faire sauter lorsque la garnison française quittera la citadelle !

La grande armee de napoleon quitte moscou

Un Français de Moscou, le sieur Taste-vin, erre dans la ville : « Voici, au départ de la Grande Armée, ce qui restait de Moscou : dans le quartier central de KitaïGorod, toutes les maisons avaient été incendiées ou détruites. La Varvarka ne comptait pas une seule maison debout. Au Kremlin, la tour Spasski (du Sauveur) avait été détruite par les explosions, mais l'image miraculeuse qui surmontait la porte n'avait pas souffert. Sur la place Rouge, jusqu'à la porte Iverski (d'Ibérie), les boutiques avaient brûlé des deux côtés. L'arsenal et la muraille avoisinant la porte Nikolski, obstruée par les débris de la flèche qui s'était écroulée. A l'intérieur du Kremlin, le palais impérial offrait un monceau de ruines ; le grand escalier était couvert de paille et de débris de légumes. Le palais à Facettes avait été incendié et les ruines fumaient encore le jour de la rentrée de l'armée russe à Moscou. Les deux cathédrales étaient intactes, mais le clocher d'Ivan Véliki ne présentait plus qu'un entassement de briques, de pierres et de plâtres où se voyaient des cloches, des croix et des poutres. »
Tandis que Tastevin trace ainsi le bilan de l'occupation française, l'armée, forte encore de plus de cent mille hommes —dont cinquante mille montés ou tractés —a suivi son chef. La Garde ferme l'immense colonne.
Chaque officier possède souvent plusieurs domestiques qui ont emboîté le pas à leur maître. Des femmes, infiniment plus nombreuses qu'on ne le croit communément, marchent, mêlées aux combattants. Les régiments sont accompagnés de boeufs et de vaches étiques, qui mourront d'ailleurs rapidement, sans qu'on doive les abattre. Des milliers de véhicules de tous genres, remplis non seulement de tout ce qu'il faut pour manger, camper, se vêtir, mais aussi d'objets volés, roulent à la suite de l'armée en un gigantesque désordre. On peut voir un simple général de brigade — chef d'état-major du premier corps —caracoler fièrement, accompagné de vingt-cinq chevaux et de six voitures, toutes débordantes d'un amas de choses hétéroclites !

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Napoléon à Moscou