La fuite de Louis XVI et de Marie-Antoinette en juin 1791

Il fait nuit. Un petit groupe se faufile furtivement dans la cour du palais des Tuileries, où le roi est retenu prisonnier depuis la Révolution. Près de la sortie, un attelage attend, prêt à démarrer.

Un passeport pour Louis XVI qui devient Monsieur Durant

Fersen donne un passeport pour Louis XVI qui devient Monsieur Durant

Fersen (haut) s’est occupé des passeports, faux, dûment scellés et signés du ministre Montmorin, que cette griffe, apposée de confiance, compromettra gravement. Ces papiers sont au nom de la baronne de Korff, dont le personnage est tenu par Mme de Tourzel, gouvernante des Enfants de France, alors que la reine devient la gouvernante (Mme Rochet), Madame Élisabeth la femme de chambre, le dauphin habillé en fille et le roi en intendant (M. Durand).
De son côté, Louis XVI a fait quelques préparatifs. Il a demandé trois gardes du corps à M. d’Agoult, aide-major, sous prétexte de les envoyer porter des lettres à ses frères. D’Agoult n’est pas dans le secret : il désigne les premiers qui lui tombent sous la main, Moustier, Malden, Valori, plus riches de courage et de dévouement que d’expérience et d’initiative.
Le roi ne s’est confié qu’à M. de Coigny, car il a un rôle à lui faire jouer. Pendant quelque temps, chaque soir, le chevalier quittera les Tuileries par la grande porte, à pied. On connaît sa silhouette bedonnante, assez semblable à celle du souverain. A l’heure décisive, celui-ci, passant par le même chemin, n’attirera pas l’attention.
Enfin il rédige un mémoire qui sera communiqué à l’Assemblée après son départ et dans lequel il expose ses griefs. Daté du 20 juin 1791 et composé avec une hâte visible, ce mémoire contient, à côté de plaintes personnelles justifiées, mais qui semblent un peu mesquines, une critique serrée de l’oeuvre des constituants.

M. Léonard, ce birrare coiffeur de la cour

Le roi discerne clairement, sinon la véritable origine du mal, du moins sa nature et ses organes de transmission et d’action, le Comité des recherches et le club des Amis de la Constitution (futurs jacobins), qui supplantent le gouvernement et l’Assemblée elle-même.
Après avoir rappelé les brimades et les attentats commis depuis le 14 juillet 1789, il expose, ce qui est pour lui le plus grave, comment il a été obligé d’ordonner l’éloignement de sa chapelle et d’aller à la messe du nouveau curé de Saint-Germain-l’Auxerrois, manifestation schismatique.
Un post-scriptum rappelle que la souveraineté royale demeure attachée à sa personne, où qu’elle soit, et défend aux ministres de rien signer jusqu’à ce qu’ils aient reçu des ordres.
Le roi sera précédé sur la route par un personnage qui semble échappé d’une comédie de Beaumarchais : M. Léonard, coiffeur de la cour et porteur d’une cassette contenant les diamants de la reine. Escorté d’un officier, ce petit homme fluet, à la tête aussi légère que celles des belles dames qu’il accommodait, est chargé d’une mission de confiance : prévenir les échelons de troupes du passage de la berline royale, sans toutefois s’expliquer sur les personnes qu’elle contient. Tout le long de la route, son attitude sera si bizarre, si maladroite, qu’on est amené à concevoir des doutes sur sa fidélité.

Marie-Antoinette fausse compagnie à ses gardiens

Marie-Antoinette fausse compagnie à ses gardiens

On en a tant parlé, de cette fuite, dans les clubs, dans la rue, dans les gazettes! Aux Jacobins, pas de soirée où il n’y ait une motion; dans la presse, pas de matin où il n’y ait un article à ce sujet. C’est peut-être parce qu’on en a trop parlé qu’il reste à Fersen une chance de succès. Les geôliers les plus soupçonneux finissent par se lasser, et, après tout, La Fayette n’est pas un aigle. Pas même un hibou, car il n’y voit pas la nuit.
En effet, le 20 juin 1791 au soir, alors qu’il quitte les Tuileries dans son carrosse, il ne verra pas une silhouette féminine en robe de soie grise, chapeau noir, voilette mauve. La reine ! Marie-Antoinette a faussé compagnie à ses gardiens. Elle va rejoindre, à l’autre bout de la place du Carrousel, ses enfants qui l’attendent dans un fiacre.
Un peu plus loin, il ne verra pas non plus, dans ce fiacre, Mme de Tourzel qui cache le dauphin sous ses jupes, pendant que Fersen, jouant en artiste son rôle de cocher, sifflote, cause avec un camarade et prend du tabac dans sa tabatière.
Incident vaudevillesque, cette double rencontre qui n’était certes pas dans le programme. C’est que, par un fait exprès, La Fayette s’est attardé. Il a prolongé jusqu’à onze heures et demie sa visite quotidienne au roi, qui, nerveux pour la première fois de sa vie peut-être, s’approcha de la fenêtre à plusieurs reprises, inspectant le ciel comme à la veille d’une chasse.

Louis XVI traverse la cour des Tuileries au nez des gardes nationaux

Louis XVI traverse la cour des Tuileries au nez des gardes nationaux

Quand ce fâcheux, ces fâcheux plutôt, car Bailly accompagnait La Fayette, se sont enfin retirés, Louis XVI procède à son coucher selon le cérémonial habituel. Puis, les rideaux tirés, pendant que son valet de chambre se déshabille dans une pièce voisine, il s’échappe sans bruit par une porte donnant chez son fils. Là, il trouve un habit gris, une redingote vert bouteille, une perruque et un chapeau rond. Il prend cette défroque sur son bras et descend à l’étage inférieur où il rejoint un garde du corps, Malden, qui doit le guider.
Revêtu de son déguisement, rien ne retient plus le roi. Si, pourtant. Il songe tout à coup que demain, lorsqu’on découvrira sa fuite, la première victime sera son valet de chambre Lemoine qui aura dormi toute la nuit, en confiance, le cordon d’appel passé à son bras…
Il rentre donc dans les appartements, s’assied à une table, trace quelques mots sur un papier qu’il laisse bien en évidence, puis, l’âme en paix, aux côtés de son guide, traverse la cour des Tuileries au nez des gardes nationaux en prenant bien soin de ne pas se dandiner en marchant. Son soulier s’étant défait, il s’arrête pour le remettre avec le plus grand sang-froid, puis gagne le Carrousel et se dirige vers l’endroit où stationne le fiacre, à son rang dans une file, situation plutôt scabreuse.
La reine arriva un instant après et monta près de lui dans la voiture.

Le saviez-vous ?

Le 21 juin 1791 au matin, tout Paris résonne de l’incroyable nouvelle de l’évasion du roi.
Montré du doigt pour avoir failli dans sa mission, La Fayette lance sans
délai ses aides de camp à la
poursuite des fuyards.

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