Au pied de la guillotine
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Louis XVI au pied de la guillotine
Vers huit heures et demie, Santerre, accompagné de dix gendarmes, se fait ouvrir les portes du donjon, pénètre jusque dans l'antichambre et range son monde sur deux rangs. Louis XVI paraît :
Vous venez me chercher ?
Oui.
En traversant la première cour, le Roi regarde l'étage où la République tient serrés les objets les plus chers à son coeur. Il réprime son émotion, se félicitant sans doute de s'être conformé, non sans efforts, aux objurgations de l'abbé Edgeworth. Un ultime entretien eût compromis tous les courages.
A cette heure, Marie-Antoinette sait qu'elle ne reverra plus son mari. Au moment de l'ultime rendez-vous, un municipal n'est-il pas venu quérir un missel de Madame Elisabeth pour la dernière messe ?
A l'entrée de la seconde tour, stationne une voitùre. On parlera d'un véhicule de place, du carrosse du maire Chambon, et avec plus de probabilité, de l'équipage du ministre des Finances, Clavière. Un certain Jean Lebrasse, lieutenant dans la nouvelle gendarmerie, et un nommé Muret, maréchal des logis du même corps, attendent.
Dans la voiture, Louis XVI et son confesseur prennent place sur la banquette d'honneur, les gendarmes sur celle du devant. Le Roi s'est abstrait de toutes contingences. Il prie.
execution de louis XVI
On roule plus d'une heure. Lorsqu'on parvient à l'entrée des Champs-Elysées, face aux Tuileries, la voiture s'arrête. Le Roi dit à M. de Firmont :
Nous voilà arrivés si je ne me trompe.
Déjà, un valet de l'exécuteur et un municipal ouvrent la porte. Louis XVI, avant que de descendre, s'adresse « d'un ton de maître » à ces gens :
Messieurs, je vous recommande Monsieur que voilà : ayez soin qu'après ma mort, il ne lui soit fait aucune insulte.
Comme il ne reçoit pas de réponse, il élève la voix pour réitérer son injonction. Des deux interpellés l'un ose l'interrompre avec une inquiétante désinvolture :
Oui, oui, nous en aurons soin. Laissez-nous faire.
Aussitôt qu'il est descendu, les aides veulent s'emparer de ses vêtements, il les repousse, quitte lui-même son habit, ouvre le col de sa chemise et, pour dégager le cou, la rabat sur ses épaules. Lorque les bourreaux tentent de lui saisir les mains, il les retire, non sans vivacité :
Que prétendez-vous ?
Vous lier.
Me lier ! Non, je n'y consentirai jamais. Faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas.
Les bourreaux vont-ils réclamer de l'aide ? Un atroce pugilat s'ensuivra-t-il ? Louis XVI jette vers M. de Firmont un regard interrogateur. Alors, le prêtre trouve les seules paroles possibles pour apaiser son pénitent :
Sire, je vois dans ce nouvel outrage un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense.
Louis XVI acquiesce :
Assurément, il faut son exemple pour que je me soumette à pareil affront. Et à ses tourmenteurs :
Faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu'à la lie.
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