Le procès éclair de Carrier
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Le procès est expédié très rapidement, en 18 séances, dont la dernière, ouverte le 25 frimaire (15 décembre) à 9 heures du matin, se poursuit sans désemparer jusqu'au lendemain à 13 h 30 ; elle est suivie presque immédiatement de l'exécution de Carrier, l'après-midi même à 16 h 10. Dès la première audience, l'accusé tente de récuser le président, le substitut et les jurés ; il fait observer qu'il n'a pas subi l'interrogatoire réglementaire, et demande que de nouveaux jurés soient tirés au sort. Il aurait souhaité qu'on disjoignît son affaire de celle du comité révolutionnaire de Nantes ; mais le Tribunal, fort de l'appui de la Convention, passe outre, et Carrier doit se résigner à n'être que le 34e accusé dans un procès entamé depuis 42 jours.
Carrier se défend mal : il ergote, il nie l'évidence, il exige qu'on lui mette sous les yeux les preuves écrites de ses crimes, il se heurte aux témoins et à ses coaccusés. Au dernier moment, il annonce qu'il va faire des révélations. Or le lendemain, sommé par un juré d'apporter la preuve que le gouvernement avait connu « les mesures dont il est question », Carrier répond : « Je les avais, ces preuves ; il m'en restait encore quelques-unes, il n'y a pas longtemps ; je n'ai pas voulu les conserver ; désireux de tout ensevelir avec moi, je les ai brûlées ! » Cette réponse, digne du roman de Koestler, Le Zéro et l'infini, laisse l'historien sur sa faim. Elle pourrait conforter l'image d'un Carrier se sacrifiant, d'ailleurs inutilement, à l'idée qu'il se faisait de la Révolution ; mais elle le privait de son ultime moyen de défense, car elle permettait de l'accuser d'avoir agi dans des intentions criminelles sans lui permettre de réclamer l'absolution légale pour ne pas l'avoir fait dans des intentions contre-révolutionnaires. C'est effectivement en fonction de cette distinction que Carrier fut envoyé à la guillotine, en compagnie de deux abominables massacreurs - Grand-maison et Pinard - tandis que leurs 31 coaccusés - dont beaucoup ne valaient guère mieux - étaient rendus « aux embrassements de leurs familles et de leurs amis », selon l'expression du président.
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Jean-Baptiste Carrier