Les 120 jours de Carrier
rideau
Les 120 jours de Carrier
Après une brève incursion dans la Vendée militaire, où il participe modestement à la bataille de Cholet (17 octobre), il revient à Nantes, où il va régner despotiquement 119 jours, du 20 octobre 1793 au 16 février 1794. Pourquoi cette mission solitaire, anormalement prolongée ? Il est possible que Carrier ait reçu des instructions secrètes du Comité de salut public, mais ceci n'a jamais pu être prouvé. A Nantes, il trouve les structures essentielles du gouvernement révolutionnaire déjà en place : les autorités du département (présidé par l'évêque Minée), du district et de la municipalité (Renard) viennent d'être épurées ; elles sont d'ailleurs réduites à un rôle purement administratif : on ne les consulte plus que pour la forme.
Du 20 au 30 octobre, Carrier opère à Nantes en compagnie de Francastel, député de l'Eure à la Convention, un jeune fonctionnaire qui se signalera, quelques mois plus tard par les massacres d'Angers, de Saumur et des Ponts-de-Cé, mais réussira, lui, à sauver sa tête après Thermidor. Les deux hommes approuvent les statuts de la Compagnie Marat, une sorte de milice constituée par le comité révolutionnaire, qui reçoit des pouvoirs exorbitants : requérir la force armée, pratiquer des visites domiciliaires et arrêter tous les citoyens qui lui paraîtraient suspects, à condition de les mener ensuite devant le Comité.
Plus tard, le 27 novembre, quand les débris de l'armée vendéenne reflueront vers Nantes, il constituera une petite troupe pour surveiller ses mouvements, les Eclaireurs de la Montagne sous l'autorité d'un « Comité des Cinq ». L'une et l'autre n'auront qu'une existence éphémère. En outre, Carrier tolère l'existence de bandes de violeurs et de massacreurs, comme les « Hussards américains » d'O'Sullivan et de Pinard. Le grand problème qui se pose à Carrier, à cette époque, c'est l'afflux massif des prisonniers vendéens. La prison du Bouffay ne pouvant guère accueillir que 500 détenus, l'ancien couvent des Saintes-Claires a été converti en maison de détention, sous l'autorité despotique du sans-culotte Forget ; de même celui du Bon Pasteur, confié à un vilain personnage, le concierge Fleurdepied ; mais cela ne suffit pas, et, en décembre 1793, à l'initiative du département, on décide de transformer l'Entrepôt des cafés en un gigantesque camp de détention, où l'on enfermera environ 9 000 personnes. Bien peu en réchapperont : celles qui ne périront pas de typhus ou de dysenterie seront noyées ou fusillées.
anecdote
accueil
Accueil
Jean-Baptiste Carrier