Un coupable condamné d'avance
rideau
Tout est anormal dans cet interminable procès, dont le déroulement montre à quel point il était difficile, après la Terreur, d'en revenir à l'état de droit et à des pratiques judiciaires normales.
Il n'y a pas eu d'instruction préalable, à l'exception d'une hâtive collecte de témoignages par la Commission des 21, quand la Convention eut décidé de mettre en cause Carrier lui-même. Il n'y a pas eu non plus interrogatoire individuel des accusés. On n'a même pas cherché à cerner les faits : le président s'est embrouillé piteusement dans la chronologie des noyades et sur le nombre des victimes. Le Tribunal, en accord avec la Convention et le Comité de sûreté générale, qui suit l'affaire de très près, refuse à Carrier les moyens légaux de se défendre. Vainement demande-t-il le délai d'une décade pour préparer sa défense. Vainement tente-t-il de récuser le Tribunal et certains jurés. Vainement sollicite-t-il la comparution d'officiers comme témoins à décharge ; vainement demande-t-il à se défendre lui-même : on lui nomme un avocat d'office, qui ne fait que balbutier.
A l'exception de l'accusé lui-même, personne ne semble s'être avisé que certains faits reprochés à Carrier - la noyade de Bourgneuf, le massacre de Bouguenais - étaient postérieurs à sa mission à Nantes. Il était, certes, coupable, mais un coupable condamné d'avance ; les derniers Montagnards, après avoir tenté de le sauver, l'avaient abandonné à son sort. Comble d'ignominie, Carrier fut condamné pour avoir agi « dans des intentions contre-révolutionnaires ». Cette thèse extravagante, qui avait beaucoup servi sous la Terreur, fut reprise, avant même le jugement, par un obscur député de Seine-et-Oise qui, dans une brochure intitulée Motifs de l'acte d'accusation contre Carrier , chercha à faire passer celui-ci pour un ennemi juré de la République.
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Jean-Baptiste Carrier