Le relais de Varennes
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Le relais de Varenne
Varennes! Le relais doit se trouver hors des murs, avant la ville basse. Rien! Pas d'officiers non plus. Pourquoi? (Les voyageurs ne peuvent savoir que, là aussi, Léonard a tout brouillé; on a compris que le carrosse ne passerait pas.) Enquête infructueuse aux maisons voisines : des gens endormis, grognons, probablement hostiles s'ils savaient qui sont ces noctambules.
Tout de même, il est impossible que les troupes de la Bouillé ne soient pas toutes proches. Encore un effort et on sera en sûreté. Mais, malgré le pourboire promis, les postillons refusent de doubler la poste; leurs chevaux sont trop fatigués. Tout ce qu'obtiennent les voyageurs est d'aller jusqu'à l'auberge en attendant que l'attelage soit reposé.
Mais, arrivés dans la ville haute, au moment de franchir la petite rivière appelée l'Aire, ils trouvent le pont barré par un chariot mis en travers. Des visages inquisiteurs s'encadrent dans les portières. On réclame les passeports. Seule de tous les occupants de la berline, la reine essaie de lutter contre le destin. D'une voix autoritaire, oubliant qu'elle est la servante de Mme de Korff, elle ordonne qu'on se hâte : les voyageurs sont pressés. Mais les gardiens de la barricade ont des ordres; il faut aller chez le procureur de la commune. A ce moment, un officier s'approche de la voiture :
— Il y a un gué, dit-il à voix basse, je puis tenter de vous faire passer.
— Non, répond le roi en désignant du regard la foule qui se rassemble, mais allez au plus vite avertir M. de Bouillé.
« Au Grand Monarque »! Telle est l'enseigne de l'auberge où, par une ironie vraiment théâtrale, on va conduire les fugitifs, comme une famille de bohémiens. C'est là que les attend le procureur de la commune, M. Sauce.
C'est un patriote fort tiède, un homme sans histoire. Ayant vérifié les cachets et la signature du ministre, il est disposé à laisser les voyageurs continuer leur route. Mais Drouet intervient. Il déclare que, s'il s'agit du roi, il y a trahison à le laisser partir. Le tocsin sonne pour ameuter les patriotes ; sur l'ordre de qui ? Sauce trouve une solution : il offre l'hospitalité à la famille royale en attendant le jour. La baronne de Korff se concerte avec ses domestiques. Elle accepte. Il suffit d'attendre, pensent-ils, l'arrivée de Bouillé. On suit donc M. Sauce à son épicerie. Il met deux misérables pièces à la disposition des voyageurs. On couche les deux enfants, lesquels, recrus de fatigue, s'endorment aussitôt. Mme Rochet s'assied dans une chaise ; elle ne retire pas la voilette qui masque son visage. M. Durand se restaure de fromage et de pain ; l'émotion ne lui a pas coupé l'appétit. Des curieux entrent à l'épicerie, les observent. Soudain, un ancien juge reconnaît Louis XVI :
— Ah ! sire, vous ici !
Le roi ne sait pas feindre. Se voyant découvert, au lieu d'opposer des dénégations vigoureuses et de confondre cet imbécile de juge, il déclare :
— Mes enfants, je suis bien votre roi. J'ai quitté Paris pour me soustraire aux insultes dont on m'accable injustement. Je ne veux pas sortir de France. Je veux aller à Montmédy pour surveiller de plus près les manoeuvres des étrangers. Si vous doutez de mes paroles, choisissez quelques personnes qui viendront avec nous.
Louis XVI au relais de Varennes
Et, la larme à il embrasse le procureur-épicier et les municipaux qui se mettent eux-mêmes à pleurnicher. Mais les patriotes de Varennes, soutenus par Drouet et Guillaume La Hure, crient que le roi veut émigrer et revenir avec l'étranger pour massacrer les défenseurs de la patrie. Surviennent alors les hussards de Choiseul et de Goguelat. Ils se sont concertés avec le commandant des canonniers de Varennes. Six hommes décidés suffisent pour forcer cette foule et enlever le roi. Mais il faut agir avant que la garde nationale ne soit rassemblée. Choiseul demande au roi ce qu'il doit faire. Dehors, les patriotes sont de plus en plus menaçants. Louis XVI est imperturbable ; il demande calmement à Choiseul :
— Pouvez-vous me promettre que, si nous partons ainsi, aucune balle n'atteindra ma femme ou mes enfants ? Choiseul ne peut évidemment faire cette promesse.
— Alors, reprend le roi, je ne puis accepter.
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Le roi gagne et perd