Le dernier refuge de Louis XVI
rideau
arrestation de Varennes
Désespéré, Choiseul retourne vers ses hommes noyés dans la foule. A grand-peine, il en rassemble quelques-uns et les met en faction, si on peut dire, devant la boutique où toute la ville va défiler. Car on sait maintenant que le roi est là.
Dans le sordide logement de Sauce, les prisonniers attendent Bouillé, mais Bouillé ne vient pas. Ceux qui viennent, ce sont les commissaires de l'Assemblée.
Dès que la fuite du roi a été découverte, ils sont partis, deux par deux, sur les routes qui rayonnent autour de la capitale. C'est un rallye, une course au trésor.
L'équipe gagnante est composée de Bayon, révolutionnaire honnête et borné, espèce banale, et d'un gentilhomme, aide de camp de La Fayette, M. de Romeuf, qui se trouve, en cette aventure, bien embarrassé de sa personne, car il est royaliste et connu des souverains qui l'ont traité avec amitié quand il était de garde aux Tuileries. Il a fait tout ce qu'il a pu pour ne pas rejoindre les fugitifs.
Mais Bayon, dans sa vertu civique, a contrecarré la nonchalance voulue de son acolyte, bousculant les maîtres de poste, le cocher, les postillons. Il est haletant. A l'entendre, on est prêt à s'égorger à Paris (Paris où il ne s'est rien passé du tout).
— Nos femmes, nos enfants..., répète-t-il d'un air hagard. Louis XVI le ramène à la réalité.
— Vous devez avoir un ordre de mission, lui dit-il froidement.
— Sire, c'est mon camarade qui l'a, murmure Bayon en cherchant des yeux Romeuf qui se tient, tout honteux, au dernier rang des assistants.
Ceux-ci s'écartent. Très pâle, tête basse, l'officier présente un grand papier à en-tête de l'Assemblée.
— Vous, monsieur de Romeuf, dit alors Marie-Antoinette, je ne l'aurais jamais cru.
— Madame, balbutie à son tour le malheureux, tout Paris est en émoi, le salut du pays exige le retour du roi.
Louis XVI a pris le décret; il le lit sans émotion apparente, mais, lorsqu'il arrive aux mots empêcher par tous les moyens le roi de continuer son voyage, il dit simplement :
— Il n'y a plus de roi en France.
Puis, comme s'il jugeait inutile d'en apprendre plus long, il dépose le papier sur le lit où dorment le dauphin et Madame Royale. Marie-Antoinette saisit la feuille et la jette à terre, toute froissée.
— Je ne veux pas qu'il souille mes enfants, dit-elle d'un ton indigné. D'un geste prompt, Choiseul se baisse et ramasse le décret; il faut éviter une provocation inutile.
Louis XVI a l'air tout à fait résigné. Il montre aux commissaires les enfants endormis.
— Vous voyez leur état, dit-il. Après tant d'heures pénibles, ils ont besoin de repos. Laissez-nous attendre ici jusqu'à demain. Nous retournerons alors à Paris.
arrestation de la famille royale à Varennes
C'est une marée qui monte, déferle et submerge tout. Malgré les hussards dont la foule a disloqué les rangs et qui, d'ailleurs, ne résistent guère, les chevaux sont attelés au carrosse encore plus vite qu'ils n'ont été dételés tout à l'heure. Gagner du temps devient à chaque minute plus ardu.
— Encore un moment, propose le roi. N'est-il donc pas possible d'attendre jusqu'à onze heures?
— Sire, je ne m'enflâmes...
Mot de patois lancé par un paysan nommé Géraudel... Entre la reine et Mme Sauce, la scène est pathétique. Marie-Antoinette supplie l'épicière de lui venir en aide. C'est la mère qui implore, ce n'est plus la souveraine qui commande.
— Mon Dieu, madame, disait la femme du syndic, votre position est très fâcheuse, mais mon mari est responsable, je ne veux pas qu'on lui cherche noise. Tout ce qu'il acceptera de faire, et rien que pour cela le risque est grand, sera d'allumer du feu pour permettre au roi de brûler quelques lettres. On s'en souviendra, sous la Terreur, et le pauvre homme ne survivra guère à son hôte d'une nuit!
Après quoi, Louis XVI demande encore à manger. Son appétit le sert. Il prolonge autant que possible un frugal déjeuner. A la dernière bouchée, il faudra, de gré ou de force, se mettre en route.
Quelques instants plus tard, la famille royale quitte son dernier refuge. Le roi, d'abord, dont le dandinement fait craquer les marches. Puis Marie-Antoinette, appuyée sur le bras de Choiseul, et Madame Élisabeth, accompagnée de M. de Damas. Puis les enfants, les yeux gros de sommeil, avec Mme de Tourzel. Enfin les femmes de chambre. Chacun, maintenant, a retrouvé son rang.
Sur le siège, les trois gardes du corps ont repris leurs places, seulement ils ont les mains liées. La voiture est encadrée de troupes, gardes nationaux, sapeurs et 150 dragons du régiment de Monsieur qui crient plus fort que les autres :
— Vive la nation!
Le carrosse, enlevé par les huit chevaux (cette fois, les postillons n'épargnent pas les coups de fouet), démarre dans un tourbillon de poussière.
Cette poussière n'est pas encore abattue que, dans la direction opposée, un autre nuage s'élève : les dragons de Bouillé, envoyés en éclaireurs, qui pénètrent au galop dans la ville, tandis que l'armée occupe les hauteurs voisines. Le marquis est prêt à se lancer à la poursuite du carrosse. Son avant-garde essaiera même de passer la rivière à gué, sans se douter qu'il y a un pont à Bou- reuilles, à 50 toises de là. Mais quand on lui rapporte les événements de la nuit, quand on l'assure (ce qui est faux) que le roi a renoncé spontanément à son projet, il renonce lui-même à l'attaque.
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Le roi gagne et perd