La Fayette n'y voit pas la nuit
rideau
fuite de la rine à Varennes
On en a tant parlé, de cette fuite, dans les clubs, dans la rue, dans les gazettes! Aux Jacobins, pas de soirée où il n'y ait une motion; dans la presse, pas de matin où il n'y ait un leader à ce sujet. C'est peut-être parce qu'on en a trop parlé qu'il reste à Fersen une chance de succès. Les geôliers les plus soupçonneux finissent par se lasser, et, après tout, La Fayette n'est pas un aigle. Pas même un hibou, car il n'y voit pas la nuit.
En effet, le 20 juin 1791 au soir, alors qu'il quitte les Tuileries dans son carrosse, il ne verra pas une silhouette féminine en robe de soie grise, chapeau noir, voilette mauve... La reine! Marie-Antoinette a faussé compagnie à son personnel et à ses gardiens. Elle va rejoindre, à l'autre bout de la place du Carrousel, ses enfants qui l'attendent dans un fiacre.
Un peu plus loin, il ne verra pas non plus, dans ce fiacre, Mme de Tourzel qui cache le dauphin sous ses jupes, pendant que Fersen, jouant en artiste son rôle de cocher, sifflote, cause avec un camarade et prend du tabac dans sa tabatière.
Incident vaudevillesque, cette double rencontre qui n'était certes pas dans le programme. C'est que, par un fait exprès, La Fayette s'est attardé. Il a prolongé jusqu'à onze heures et demie sa visite quotidienne au roi, qui, nerveux pour la première fois de sa vie peut-être, s'approcha de la fenêtre à plusieurs reprises, inspectant le ciel comme à la veille d'une chasse...
fuite du roi et de la reine à Varennes
Quand ce fâcheux, ces fâcheux plutôt, car Bailly accompagnait La Fayette, se sont enfin retirés, Louis XVI procède à son coucher selon le cérémonial habituel. Puis, les rideaux tirés, pendant que son valet de chambre se déshabille dans une pièce voisine, il s'échappe sans bruit par une porte donnant chez son fils. Là, il trouve un habit gris, une redingote vert bouteille, une perruque et un chapeau rond. Il prend cette défroque sur son bras et descend à l'étage inférieur où il rejoint un garde du corps, Malden, qui doit le guider.
Revêtu de son déguisement, rien ne retient plus le roi. Si, pourtant. Il songe tout à coup que demain, lorsqu'on découvrira sa fuite, la première victime sera son valet de chambre Lemoine qui aura dormi toute la nuit, en confiance, le cordon d'appel passé à son bras...
Il rentre donc dans les appartements, s'assied à une table, trace quelques mots sur un papier qu'il laisse bien en évidence, puis, l'âme en paix, aux côtés de son guide, traverse la cour des Tuileries au nez des gardes nationaux en prenant bien soin de ne pas se dandiner en marchant. Son soulier s'étant défait, il s'arrête pour le remettre avec le plus grand sang-froid, puis gagne le Carrousel et se dirige vers l'endroit où stationne le fiacre, à son rang dans une file, situation plutôt scabreuse.
La reine arriva un instant après et monta près de lui dans la voiture.
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Le roi gagne et perd