La fuite du roi et de la reine
rideau
fersen
Fersen s'est occupé des passeports, faux, dûment scellés et signés du ministre Montmorin, que cette griffe, apposée de confiance, compromettra gravement. Ces papiers sont au nom de la baronne de Korff, dont le personnage est tenu par Mme de Tourzel, gouvernante des Enfants de France, alors que la reine devient la gouvernante (Mme Rochet), Madame Élisabeth la femme de chambre, le dauphin habillé en fille et le roi en intendant (M. Durand).
De son côté, Louis XVI a fait quelques préparatifs. Il a demandé trois gardes du corps à M. d'Agoult, aide-major, sous prétexte de les envoyer porter des lettres à ses frères. D'Agoult n'est pas dans le secret : il désigne les premiers qui lui tombent sous la main, Moustier, Malden, Valori, plus riches de courage et de dévouement que d'expérience et d'initiative.
Le roi ne s'est confié qu'à M. de Coigny, car il a un rôle à lui faire jouer. Pendant quelque temps, chaque soir, le chevalier quittera les Tuileries par la grande porte, à pied. On connaît sa silhouette bedonnante, assez semblable à celle du souverain. A l'heure décisive, celui-ci, passant par le même chemin, n'attirera pas l'attention.
Enfin il rédige un mémoire qui sera communiqué à l'Assemblée après son départ et dans lequel il expose ses griefs. Daté du 20 juin 1791 et composé avec une hâte visible, ce mémoire contient, à côté de plaintes personnelles justifiées, mais qui semblent un peu mesquines, une critique serrée de l'oeuvre des constituants.
famille royale
Le roi discerne clairement, sinon la véritable origine du mal, du moins sa nature et ses organes de transmission et d'action, le Comité des recherches et le club des Amis de la Constitution (futurs jacobins), qui supplantent le gouvernement et l'Assemblée elle-même. Une formule jaillit sous sa plume, d'autant plus puissante que la syntaxe est moins correcte : On ne tend qu'à un gouvernement métaphysique et impossible dans son exécution. Et, après avoir rappelé les brimades et les attentats commis depuis le 14 juillet 1789, il expose, ce qui est pour lui le 'plus grave, comment il a été obligé d'ordonner l'éloignement de sa chapelle et d'aller à la messe du nouveau curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, manifestation schismatique.
Un post-scriptum rappelle que la souveraineté royale demeure attachée à sa personne, où qu'elle soit, et défend aux ministres de rien signer jusqu'à ce qu'ils aient reçu des ordres.
Le roi sera précédé sur la route par un personnage qui semble échappé d'une comédie de Beaumarchais : M. Léonard, coiffeur de la cour et porteur d'une cassette contenant les diamants de la reine. Escorté d'un officier, ce petit homme fluet, à la tête aussi légère que celles des belles dames qu'il accommodait, est chargé d'une mission de confiance : prévenir les échelons de troupes du passage de la berline royale, sans toutefois s'expliquer sur les personnes qu'elle contient. Tout le long de la route, son attitude sera si bizarre, si maladroite, qu'on est amené à concevoir des doutes sur sa fidélité.
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Le roi gagne et perd