Les 100 000 fédérés
rideau
fête de la fédération le 14 juillet 1790
La cohorte des 100 000 fédérés de province s'est mise en route, à sept heures, sur l'emplacement de la Bastille et traverse Paris sous un déluge. A dix heures, la tête de ce cortège atteint l'arc de triomphe dressé à l'entrée du Champ-de-Mars.
Le long de la façade de l'école militaire, une estrade_ a été improvisée. Au centre s'élève le trône du roi en velours semé de fleurs de lis d'or, et, un peu en arrière, un fauteuil de soie bleue également semé de fleurs de lis, qui est réservé au président de l'Assemblée, Au-dessus du trône sont des loges destinées à recevoir la reine, le dauphin, la famille royale et leur suite.
Au milieu du Champ-de-Mars se dresse l'autel de la Patrie auquel conduisent, de quatre côtés, d'immenses escaliers.
la fayette à la fête de la fédération
A dix heure, une salve de coups de canon annonce l'Assemblée nationale : le président, les députés sur quatre rangs s'avancent devant une multitude invraisemblable qui applaudit frénétiquement, cortège suivi des 100000 fédérés de province.
Hélas! tout le monde est trempé par la pluie persistante, mais la gaieté est sur tous les visages et c'est d'un pas allègre que chacun gagne la place qui lui a été assignée après avoir défilé devant l'autel de la Patrie. Le Champ-de-Mars est noir de monde ; au dessus de cet océan de têtes flottent au vent les insignes et les drapeaux . Le spectacle est grandiose.
Mais un frémissement a couru dans l'assistance : on signale le cortège des voitures royales et l'on voit apparaître Louis XVI et Marie-Antoinette. Vive le roi ! crie-t-on d'un seul cœur.
Aussitôt que Leurs Majestés ont pris place commence la messe célébrée par Mgr l'évêque d'Autun, Talleyrand, assisté par l'abbé Louis, le futur ministre des Finances de Louis XVIII. Personnages extraordinaires l'un et l'autre, bien étonnés de se trouver là :
— Tâchons de nous regarder sans rire, a murmuré Talleyrand.
Spectacle risible ou tragique, en effet, comme l'on voudra : l'assistance croit contempler la naissance d'une monarchie libérale et c'est le glas d'une royauté expirante.
La messe dite, La Fayette, le cher La Fayette, commandant la garde nationale, s'est dirigé vers l'estrade, a pris des mains du roi la formule écrite du serment que tout le monde prononcera.
Après que Louis XVI, le premier, l'a prêté d'une voix forte, 600 000 voix l'ont répété après lui. Un Te Deum a été aussitôt entonné et tout le monde s'est dispersé au milieu des acclamations, des vivats et des embrassades générales.
Jusqu'au bout la pluie a persisté, tous sont trempés, mais ce ne sont partout que chants et cris de joie : la fraternité universelle a été proclamée. Alors, tandis que les voitures de la cour regagnent les Tuileries, on a organisé une immense farandole en chantant à tue-tête la chanson nouvelle :
Ah! ça ira, ça ira, ça ira!
En dépit des aristocrates et de la pluie. Nous nous mouillons, mais ça finira.
La soirée ayant été belle, on a pu voir les illuminations, qui sont magnifiques. Aux Champs-Élysées, sur la place de la Révolution, on s'écrase, mais la même urbanité qui a duré toute la cérémonie subsiste toujours. Personne ne pressait sa marche, dit Thiébault, personne ne se coudoyait, c'était à qui ferait place à ceux que l'on croisait. Au son de nombreux orchestres, on se promenait avec délices, chacun cherchant à procurer aux autres le charme qu'il goûtait. Ces égards, ces politesses étaient poussés au point qu'on était toujours prêt à se saluer et à se sourire; si même cette recherche fut poussée à l'excès, ce fut par les gens de la dernière classe.
Aux Champs-Élysées, on avait organisé un bal, ainsi qu'à la Bastille, où l'on avait édifié une immense salle sur l'emplacement même de la prison. Et, pendant trois jours et trois nuits, l'on dansa ici et là, dans tous les quartiers de la capitale.
De temps en temps, les danses cessaient et un immense cri de « Vive la nation! » se faisait entendre. La ville était secouée tout entière d'une indescriptible allégresse. Ce fut la première et certainement la plus belle fête que la Révolution ait organisée.
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Le roi gagne et perd