La fête de la Fédération
rideau
preparation de la fête de la fédération le 14 juillet 1790
Serait-ce forcer le trait que de dire que la vraie fête s'est déroulée avant la cérémonie officielle ? On serait porté à le croire, à feuilleter l'abondant dossier iconographique, qui met l'accent sur ces journées fiévreuses du mois de juillet, consacrées à l'aménagement du Champ de Mars où devait prendre place la cérémonie. Les choses se présentaient mal : reflet de cette acceptation à regret peut-être, l'impulsion officielle était pour le moins désordonnée : des projets concurrents sont proposés, le parti adopté — un vaste espace entouré de gradins destinés à accueillir le public — suppose d'énormes terrassements. S'opère alors cette mobilisation parisienne, vantée et encouragée par la presse, illustrée par l'image.
Par le temps incertain d'un mois de juillet pluvieux, on s'en vient au Champ de Mars, piocher, rouler la brouette, tirer et pousser les charrois de terre. L'accent est mis sur l'unanimité : qu'il s'agisse des gouaches de Lesueur, des aquatintes de Janinet ou d'autres estampes plus anonymes ; on y retrouve l'homme du peuple — ainsi le cordonnier avec son tablier de travail, le bourgeois en redingote, gardant son quant à soi, la coquette au chapeau empanaché, démesuré comme c'est la mode en cette saison, voisinant avec la femme du peuple porteuse déjà du bonnet phrygien. Les religieux se sont mobilisés en masse : place au capucin qui retrousse son froc ; les abbés font acte de présence, mais fragiles se protègent du soleil qui tape fort entre les ondées par un parasol. « A bas, à bas le parasol » dit la légende. Tel qu'on peut l'imaginer à partir de quelques grandes compositions comme celle d'Ernouf, grandiose et étrange, car l'auteur a situé son évocation minutieuse et précise dans un cadre de tro phées et de feuillages de palmiers, le Champ de Mars a des aspects de foire joyeuse, de campement avec des tentes pour s'abriter, de chantier aussi, de fête où l'on chante pour se donner du courage : Allons z'amis au Champ de Mars, mais aussi le Ça ira qui se voit intronisé à cette occasion comme l'un des refrains d'une révolution à la fois euphorique et batailleuse.
Chemin faisant, le chantier avance : le 9 juillet le roi lui-même a voulu donner l'exemple en contribuant par un coup de pioche symbolique. Le paysage prend figure : au fond — côté Invalides — une vaste tribune officielle, dont les mâts porteront les oriflammes des 83 départements ; à l'entrée — côté Seine — un imposant arc de triomphe par où pénétreront les cortèges officiels, et surtout les corps de troupe : gardes nationaux et soldats de ligne.
prépparation fête de la fédération en juillet 1791
Ces participants attendus arrivent à Paris, logés par la municipalité chez les particuliers. Pour beaucoup, qui en feront confidence dans leurs mémoires, c'est la première, l'unique, montée à la capitale. Certains ont pris le coche d'eau, venant du Lyonnais ou de la Bourgogne ; d'autres ont loué une potache ; d'autres encore, plus spartiates, sont venus à pied, comme les Bretons, que les joies d'étapes arrosées dédommagent des fatigues du chemin. On profite de Paris : les gens sérieux ont leur programme touristique, ils pousseront jusqu'à Ermenonville pour visiter le tombeau de Jean-Jacques Rousseau ; pour les autres, des livrets sont prêts qui détaillent les bons endroits, voire les appâts de nymphes qui les attendent au Palais Royal.
En 1790, la Constituante avait encore le vent en poupe. Elle voulut que cette première commémoration du 14 juillet fût la fête de la réconciliation et de l'unité de tous les Français. On décida qu'elle aurait lieu au Champ-de-Mars, aménagé pour la circonstance. Dès le 1" juillet, douze cents ouvriers commencèrent les travaux de terrassement. Ils étaient nourris, mais mal payés et, quand on leur reprochait leur lenteur, ils menaçaient d'abandonner le chantier. Il s'agissait de transformer le Champ-de-Mars en un vaste cirque, d'une capacité de 100 000 spectateurs, au centre duquel s'élèverait l'autel de la patrie. On fit appel à la bonne volonté des Parisiens. Ils répondirent en masse. Le roi vint de Saint-Cloud donner son coup de pioche. La Fayette, en manches de chemise, travailla comme un tâcheron. Bientôt, ce fut une fourmilière humaine, où les tape-dur du faubourg Saint-Antoine côtoyaient les nobles tirés à quatre épingles, où les moines coudoyaient les bourgeois, où les courtisanes donnaient la main aux dames des beaux quartiers. Les charbonniers, les bouchers, les imprimeurs, vinrent avec leurs bannières enguirlandées de tricolore. On chantait gaiement, le Ça ira et autres couplets patriotiques. Les musiques militaires jouaient leurs marches respectives. Les soldats se mêlaient aux gardes nationaux, et cette bigarrure d'uniformes ajoutait à la confusion. Ce chantier tenait de la kermesse, mais chacun travaillait de son mieux, qui poussant une brouette, qui s'attelant à une charrette, qui pelletant ou remuant des pierres. A l'intention des élégantes, les modistes avaient imaginé de ravissants bonnets de police. On fraternisait ! On se mettait en quatre pour héberger les fédérés venus de province : ils étaient au moins 50 000, non tous fortunés. Les « commerçantes de Cythère » étaient invitées à modérer leurs/ tarifs/ à l'intention de ces jeunes gens.
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Le roi gagne et perd