Saint-Just inspirait une peur respectueuse
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Il ne promettait pas l'opulence d'un Eldorado à conquérir, comme l'empereur futur, mais la justice, égale pour tous.
- Il importe à l'armée qu'au moins un général soit fusillé, annonçait-il avant de se mettre en route et effectivement, dix jours à peine après son arrivée, un général était fusillé devant le front des troupes.
Dès lors une discipline de fer s'abattit sur les camps.
Il fut interdit de s'enivrer, de piller, et surtout de s'absenter, même pour se rendre aux séances des clubs locaux, tout vagabondage étant prétexte à désertion.
Pour prix de cette soumission, les soldats furent nourris, vêtus, soignés et convenablement armés. Et ils eurent enfin la certitude qu'ils n'iraient plus inutilement au feu. « Un soldat malheureux est plus malheureux que les autres hommes, dit presque tendrement Saint-Just, car pourquoi combat-il, s'il n'a rien à défendre qu'un gouvernement qui l'abandonne? »
L'archange de la Terreur aurait-il donc été un philanthrope? Pourtant il ne fut jamais l'idole des régiments, comme l'ardent Soubrany. On ne l'applaudissait pas comme le courageux petit Levasseur. Il inspirait seulement une peur respectueuse. C'est que sa bienveillance ne venait d'aucun élan du coeur, mais seulement d'une rigueur théoricienne développée jusqu'à ses plus extrêmes conséquences.
Son nom fut longtemps, et particulièrement en Alsace, synonyme de monstre, un monstre peigné, puisqu'il était si coquet. Et pourtant la Terreur qui écrasa cette province au point de provoquer l'exode de plus de vingt mille cultivateurs, fut plus le fait de ses successeurs que de lui-même.
Ce n'est pas lui qui incendia les villes du Palatinat comme Hentz, ou qui dansa autour de l'échafaud comme Borie. Mais sa faute fut précisément d'avoir eu de trop bons élèves.
Pour lui la Terreur était juste, parce qu'indispensable à la victoire. Après son passage, elle reste juste, même lorsqu'elle ne fut plus utile, et les émules de Saint-Just ne furent plus que des caricatures.
Il était célèbre pour la beauté laconique de son style. Ses émules voulaient punir les bavards parce qu'« ils mettaient des longueurs à la Révolution ». Saint Just avait déchaussé, au profit des combattants nu-pieds, les aristocrates de Strasbourg, ils réquisitionnèrent jusqu'aux batteries de cuisine. Il voulait, par une francisation accélérée, rallier les Alsaciens de langue- allemande, les émules parlèrent de déporter la moitié de la ville pour la remplacer par des colonies venues de l'intérieur.
Saint Just l'archange de la terreur
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