Les défenseurs abandonnent la cour
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la prise des tuileries
Le départ du roi avait créé un certain flottement dans les rangs qui se mêlèrent. A neuf heures, de Boissieu donna l'ordre d'abandonner les postes dans les cours et de se retirer dans le château, sans doute afin de rompre toute tentative de fraternisation avec les insurgés. Presque aussitôt, le maréchal de Mailly fit passer la consigne de ne pas se laisser forcer.
Les insurgés du Carrousel essayaient d'enfoncer les portes des cours en les frappant à coups redoublés. Le portier de la cour Royale, voyant celle-ci évacuée par les défenseurs du château, leva la poutre qui fermait la grande porte.
Les Marseillais et les faubouriens entrèrent, se glissant le long des murs. Ils firent bientôt signe aux Suisses avec leurs chapeaux et leur promirent de les bien traiter s'ils passaient du côté de la nation. Les plus hardis pénétrèrent dans le vestibule, dont on ne s'explique pas que la porte ait été laissée ouverte.
Les officiers craignirent que la fraternisation ne leur enlevât leurs hommes. Un coup de feu, probablement tiré par un de ces aristocrates qui étaient venus renforcer la garde du château, partit du haut de l'escalier contre les Marseillais. Ce fut le signal d'une mêlée générale.
Au commandement des officiers, les Suisses et les grenadiers firent feu à leur tour du premier étage dans la cour, du haut de l'escalier dans le vestibule. Les gentilshommes rangés dans la galerie du Louvre prirent part à la fusillade. Morts et blessés jonchèrent le sol. Parmi ceux-ci, le commandant des Marseillais, Moisson, fut atteint un des premiers. Surpris, trahis, les fraterniseurs, un moment atterrés, ripostèrent.
Profitant de leur trouble, le capitaine Durler rassembla 200 Suisses pour une sortie. A leur tête, il balaya la cour Royale et s'empara dans sa charge de quatre canons qui ne lui servirent de rien, parce qu'ils étaient sans munitions. Les grenadiers des Filles-Saint-Thomas et des Petits-Pères s'empressèrent de les enclouer avec les baguettes de leurs fusils. Emporté par son élan, Durler pénétra au Carrousel sur les talons des fuyards. Humain autant que brave, il commanda à ses hommes d'épargner un poste de quinze à vingt Marseillais qu'il trouva cachés derrière une guérite. Il les fit prisonniers et leur indiqua les moyens de s'évader.
la prise des tuileries
Il y eut un moment de grande panique. Les fuyards déferlaient par les rues avoisinantes jusqu'à l'Hôtel de Ville. La Commune insurrectionnelle se hâta de rassembler des renforts. Panis et Sergent griffonnèrent ce billet : De la poudre! De la poudre! pour différents détachements à la mairie... Rien de si pressé que cette poudre et qu'on nous dise en quelles mains elle est maintenant à l'Arsenal pour qu'au nom de la Commune nous y envoyions directement.
Le bruit courut un instant que les Suisses étaient victorieux. Du côté du jardin des Tuileries, ils avaient fait une sortie sous la conduite du capitaine de Salis et s'étaient emparés de trois canons.
Mais la ferme conduite des Marseillais et des Brestois et du faubourg Saint-Marceau, l'arrivée des troupes de Santerre au moment critique, le passage des gendarmes à l'insurrection décidèrent du succès de celle-ci.
Les canonniers de Marseille arrêtèrent l'élan des Suisses sur le Carrousel par des coups de mitraille qui les décimèrent. Durler, resté presque seul, dut rentrer dans la cour Royale.
C'était le moment où les troupes du faubourg Antoine, amenées par Alexandre, se présentaient enfin par la rue Nicaise. Elles mirent aussitôt leurs canons en batterie et renforcèrent le feu des Marseillais et du faubourg Saint-Marceau. Déjà la gendarmerie à cheval avait quitté le Petit Carrousel pour charger les Suisses de la cour de M arsan.
Fournier l'Américain s'est vanté d'avoir fait mettre le feu dans les baraquements des Suisses pour les épouvanter et les forcer à quitter les cours. Nous manquions de papier, dit-il, pour allumer le feu en divers endroits. Des assignats en tinrent lieu. Rien ne coûte quand il s'agit de remplir un grand but.
Mitraillés, enfumés, débordés par le nombre toujours renouvelé des assaillants, les Suisses avaient peine à se maintenir dans les cours. Vers onze heures, le maréchal de camp d'Hervilly, sans arme et sans chapeau, accourut à travers les coups de fusil en leur criant de cesser le feu de la part du roi et de se retirer dans l'Assemblée nationale.
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