Point de véto, point de prêtres
rideau
le peuple envahit les tuileries
Au commandement d'un lieutenant, les canonniers du Val-de-Grâce braquent leurs pièces. La porte s'ouvre sur l'intervention de Mouchet et de deux de ses collègues. La foule emplit la cour Royale, envahit le vestibule et les escaliers du château.
Aucune résistance. Les Suisses sont à leur caserne. Les gardes nationaux — seule défense — pactisent plus ou moins avec l'émeute. Au reste, le roi n'a pas donné d'ordres. Il s'est borné à renvoyer les quelques gentilshommes accourus pour le défendre.
Quittant la reine et ses enfants réfugiés dans la salle du Conseil, il a passé dans le grand salon de l'OEil-de-Boeuf où il se tient avec trois de ses ministres, le vieux maréchal de Mouchy, Madame Élisabeth qui n'a pas voulu le quitter, les chefs de légion Acloque et La Chesnaye et quelques grenadiers loyalistes.
L'un de ceux-ci lui dit :
— Sire, n'ayez pas peur.
Parfaitement calme, le roi lui prend la main et l'appuie sur sa poitrine :
— Je n'ai pas peur, mon coeur est pur et tranquille. Sur l'ordre d'Acloque, les grenadiers posent leurs fusils ou remettent leurs sabres au fourreau.
Louis XVI face au peuple le 20 juin 1792
La porte du salon est ébranlée par des coups de massue et de hache. Déjà les panneaux du bas sont fracassés. Le roi ordonne d'ouvrir. La foule se précipite. Acloque se jette au-devant d'elle :
— Citoyens, reconnaissez votre roi, respectez-le! Nous périrons tous plutôt que de souffrir la moindre atteinte!
Le peuple ne semble pas d'abord malveillant. Il regarde le roi avec plus de curiosité que de colère. Mais de sinistres figures bientôt interviennent. Le tumulte est percé de cris, de sommations :
— Point de veto, point de prêtres! Rappelez les ministres patriotes!
Louis, monté sur une banquette, dans l'embrasure d'une croisée, regarde placidement la foule. Le boucher Legendre se fraie un chemin jusqu'à lui et lui jette au visage :
— Monsieur...
Le roi ne peut se défendre d'un mouvement. Court et trapu, fort en gueule, prêt aux coups de poing, le boucher semble une brute redoutable.
— Monsieur, reprend-il très haut, écoutez-nous, vous êtes fait pour nous écouter.
Vous êtes un perfide, vous nous avez toujours trompés, vous nous trompez encore. Mais prenez garde à vous! La mesure est comble et le peuple est las de se voir votre jouet.
Il lit un factum injurieux, qui exige au nom du peuple la sanction des décrets.
Sans émotion apparente, le roi se borne à répondre :
— Je ferai ce que la Constitution m'ordonne de faire.
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Le peuple et les Tuileries