Un torrent en marche
rideau
Le 20 juin 1972, vers midi, un torrent où se mêlent des ouvriers, des femmes, des invalides, des enfants, des gardes nationaux, des charbonniers, des mendiants, tous portant des piques, des bâtons ferrés, des marteaux, des haches, des écriteaux, des bannières et aussi des branches d'arbres, des épis de blé, des fleurs, roule vers l'Assemblée, venant des quartiers Saint-Antoine et Saint-Marceau.
Santerre dirige l'avant-garde. Arrivé au Manège, il demande l'admission des pétitionnaires par la Législative.
Le procureur syndic Roederer réclame en vain le maintien de l'ordre et l'exécution de la loi. Vergniaud soutient qu'on doit permettre à la foule de défiler devant les représentants. A droite, les feuillants protestent. Déjà la multitude a forcé les portes. Il faut bien voter son admission.
Huguenin s'avance à la barre, suivi de son guenilleux cortège. Il lit sa pétition :
— Le peuple est debout... Le sang coulera ou l'arbre de la Liberté que nous venons de planter fleurira en haie (?)... Les hommes du 14 juillet ne sont pas endormis... Si l'inaction de nos armées dérive du pouvoir exécutif, qu'il soit anéanti!
Le président, François de Nantes, articule quelques phrases sans portée, tandis que l'émeute défile en criant « A bas le veto! » et en chantant le Ça ira. Des femmes dansent en brandissant des épées. Les piques dressées haut portent des culottes déchirées, l'une même un coeur de veau avec cette mention : Coeur d'aristocrate.
Les tribunes vocifèrent. Les députés gardent un silence consterné. Cette scène dégoûtante se prolonge près de trois heures. Enfin Santerre offre un drapeau à l'Assemblée au nom des citoyens du faubourg Saint-Antoine et la séance est levée.
Ayant planté un arbre de la Liberté dans le potager des Capucins, le peuple force la grille, se répand dans le jardin des Tuileries et, de là, cherche à gagner les quais pour se disperser.
Ce n'est pas l'affaire des agents de la Gironde qui parcourent les groupes et veulent les entraîner vers le château. Clavières, ministre d'hier, tout au regret de la place perdue, est des plus véhéments.
La foule inonde alors la cour du Carrousel. L'officier municipal Mouchet, nabot ambitieux, fait céder devant elle la résistance des gardes nationaux. A ce moment, Santerre, principal entraîneur de la journée, reparaît, accompagné de Legendre et de SaintHuruge :
— Pourquoi n'entrez-vous pas? crie-t-il au peuple et aux gardes nationaux. Vous n'êtes pas descendus pour autre chose. Si l'on refuse d'ouvrir la porte, qu'on la brise à coups de canon!
20 juin 1792
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Le peuple et les Tuileries