Portes brisées et parquets souillés
rideau
Sancerre se place à côté de la reine. Seule la table du Conseil les sépare du flot roulant des émeutiers. Le dauphin est assis sur cette table devant sa mère. Elle l'a coiffé lui aussi d'un bonnet rouge qui lui descend jusqu'aux yeux et sous lequel il étouffe.
— Otez le bonnet à cet enfant! dit Santerre après un moment. Vous voyez bien qu'il a trop chaud... La reine le prend et le garde à la main. Droite, le visage levé, elle fait bonne contenance.
— Regardez la reine et le prince royal! répète Santerre, comme un montreur de foire...
Et pourtant Santerre lui-même est ému. Il ne peut s'empêcher, pendant cette affreuse revue, de se pencher vers la reine et de murmurer à son oreille :Ah! madame, vous avez des amis bien maladroits ! D'autres vous serviraient mieux.
Est-ce une offre? Peut-être. Mais, dans une telle extrémité, comment croire encore à un secours? La malheureuse n'ose pas répondre, et sans doute a-t-elle tort.
Survient Pétion, le fourbe à molle figure qui plus que personne est responsable de la journée. Il engage la foule à partir. Elle ne se presse guère; ce n'est qu'à la nuit tombante, que le château est vide.
La famille royale se réunit en pleurant. Louis, apercevant dans une glace le bonnet qui l'affuble encore, l'arrache avec dégoût et le foule aux pieds. Une députation de l'Assemblée arrive pour constater l'état du château. La reine l'accompagne, lui montre les portes brisées, les meubles salis, les parquets souillés. Elle-même semble un spectre. Ses cheveux sont défaits, la poussière couvre ses joues. Un député républicain, Merlin de Thionville, ne peut cacher son trouble.
— Vous pleurez, monsieur? dit Marie-Antoinette, surprise.
— Oui, madame, répond le député, je pleure sur les malheurs d'une femme belle, sensible et mère de famille, mais je ne pleure pas sur la reine. Je hais les rois et les reines.
Elle soupire et se détourne...
Marie-antoinette aux tuileries en 1792
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Le peuple et les Tuileries