Louis XVI ne cède pas devant la foule
rideau
Pétion pense que cela a assez duré. L'abaissement du roi doit suffire pour qu'il se résigne maintenant à retirer son veto. Peut-être aussi ont-ils quelque pitié. Chez tous ces hommes les sentiments sont si complexes! Pétion se fait hisser sur les épaules de deux grenadiers.
— Citoyens, dit-il, vous venez de présenter votre vote au représentant héréditaire de la nation. Vous ne pouvez aller plus loin. Le roi ne peut ni ne doit répondre à votre pétition présentée à main armée. Le roi verra dans le calme et la réflexion ce qu'il a à faire.
Le peuple approuve, mais ne s'en va pas. Un escogriffe blond continue de protester contre le veto, de réclamer le rappel des ministres girondins. Et il ajoute, tourné vers le roi : La sanction des décrets, ou vous périrez!
Exténué, pourtant Louis XVI ne cède pas : Vous vous écartez de la loi, murmure-t-il.
Pétion flatte l'émeute pour faire enfin évacuer la salle : Vous avez agi avec la fierté et la dignité des hommes libres. Mais en voilà assez, que chacun se retire...
Les portes des appartements ont été ouvertes pour ménager une issue par l'intérieur du château. Grâce à quelques gardes nationaux de bonne volonté qui forment la haie, la foule commence de défiler. Des têtes chaudes s'attardent encore, répétant : Nous attendons la réponse du roi!
Mais le courant les entraîne. Une députation de l'Assemblée arrive qui empêche de nouveaux arrivants de pénétrer. Le roi peut alors se glisser chez lui. Son supplice n'a pas duré moins de quatre heures.
En s'écoulant par la chambre de parade, le peuple lance des quolibets :
Est-ce là le lit du gros Veto?
Monsieur Veto a un plus beau lit que nous!
Il passe ensuite par le cabinet du roi et, de là, dans la salle du Conseil où la reine est restée avec ses enfants, quelques amis et serviteurs. Des gardes nationaux voulant la protéger, Santerre qui survient les écarte :
Faites place, pour que le peuple entre et voie la reine... Et, tourné vers elle : Vous êtes trompée, madame, le peuple ne vous veut pas de mal! Elle répond : Je ne suis ni trompée ni égarée; on ne craint rien lorsqu'on est avec de braves sens.

le peuple envahit les tuileries en 1792
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Le peuple et les Tuileries