La tête de la princesse présentée à la reine
rideau
la famille royale au Temple en 1792
Le 3 septembre 1792, après le dîner, Marie-Antoinette et Louis XVI jouent au trictrac dans la chambre de la reine située au premier étage de la petite tour du Temple. Madame Royale et son frère, installés sur des tabourets en coeur, regardent jouer leurs parents. N'était la présence de deux officiers municipaux, le chapeau orné de plumes tricolores sur la tête, on pourrait se croire dans quelque intérieur bourgeois cher à Chardin.
Après les terribles journées du 20 juin et du 10 août, après les nuits d'angoisse des Tuileries et des Feuillants, Marie-Antoinette respire enfin... Protégée par une garde nombreuse, elle goûte un calme relatif. Elle ne risque plus de se réveiller en sursaut, son lit entouré d'assassins.
Quel nouveau danger peut-elle craindre? La seule peine inscrite dans la Constitution, n'est-ce pas la déchéance? Mais, avant tout, Marie-Antoinette se raccroche désespérément à la victoire autrichienne. En apprenant, de la bouche de ses geôliers, la prise de Verdun et la menace qui pèse sur Longwy, qu'elle a eu du mal à cacher son espoir! Ces défaites ont déclenché une grande agitation autour de la prison. On a tiré le canon d'alarme, le tocsin a sonné lugubrement...
Hier, Cléry, le valet de chambre du dauphin, a annoncé qu'il y avait du mourement dans Paris et que le peuple se partait aux prisons. Pendant le dîner, on a entendu encore battre le tambour et s'élever quelques cris du côté de la rue du Temple...
Maintenant, c'est le calme. Seule une rumeur confuse monte du jardin : sans doute les ouvriers qui construisent le mur qui doit enserrer la tour...
mort de madame lamballe
Soudain un cri perçant part de la petite salle à manger du rez-de-chaussée où Cléry et le ménage Tison, domestiques placés prés des détenus par la Commune, viennent de commencer leur repas. A peine quelques instants plus tard, Cléry apparaît dans la chambre, hagard, les yeux pleins d'épouvante...
Il regarde la reine et se tait. Il ne peut dire qu'il vient de voir au bout d'une pique, s'encadrant dans la fenêtre, la tête coupée de la princesse de Lamballe. Ses longs cheveux blonds, encore bouclés, flottaient.
Les commissaires de garde n'ont pu empêcher cette mascarade sanglante de venir brailler jusqu'au pied de la tour et réclamer la reine à la croisée... Au premier étage, l'un des municipaux a fermé les rideaux... Cléry ne pouvant toujours pas articuler un mot, Marie-Antoinette ignore ce qui se passe.
Les cris augmentent... D'autres municipaux apparaissent dans la pièce; ils sont livides. Marie-Antoinette, que l'angoisse étreint, demande ce qu'on lui cache. Il y a là un grand gaillard dont le sabre heurte les bergères « chenillées ». Marie-Antoinette le regarde... et l'homme, du ton le plus grossier, explique :
On veut vous cacher la tête de la Lamballe que l'on vous apportait pour vous faire voir comment le peuple se venge de ses tyrans. Je vous conseille de paraître...
Mais Marie-Antoinette n'a pas entendu la fin de la phrase... Glacée d'horreur, sans un cri, elle est tombée évanouie.
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