Et si Louis XVI avait glissé ?
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Le redoux survient enfin, le 14 janvier, et se généralise rapidement. Mais on n'efface pas en un jour trois mois de malheurs et de noire misère ! Le dégel est lent et bien des risques accompagnent la débâcle des rivières et des fleuves, qui, sevrés depuis longtemps d'une alimentation normale, ont subi un étiage hors saison. Sous leur surface gelée, un vide inquiétant s'est formé : la glace fait pont d'une rive à l'autre. Rien n'est plus dangereux que ce glacier suspendu qui s'affaisse peu à peu ; au point que les glaces échouées sur les berges dominent bientôt celles du chenal de plusieurs mètres et croulent en séracs impressionnants.
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Qu'un rétrécissement du cours d'eau, encore soudé, se présente, et c'est l'engorgement, aggravé souvent par l'obstacle d'un pont, l'action d'un vent contraire. Les glaces, dès lors, s'accumulent, se bousculent et gonflent le fleuve, en amont.
C'est le cas à Orléans, le 18 janvier. Un barrage de glaces s'est formé, 4 kilomètres à l'est, et menace l'agglomération située en aval. Si le barrage cède, c'est l'engloutissement de la ville basse... L'eau monte et atteint la levée. Celle-ci, soudain, fléchit. Puis s'écroule. Aussitôt, une énorme masse d'eau et de glace s'engouffre dans la brèche et déferle dans les prairies et les cultures de la vallée, emportant tout sur son passage. Plusieurs fermes, heureusement évacuées, sont détruites.
La ville est sauvée !
A Tours, le 22 janvier au soir, c'est le pont qui fait barrage et résiste à la pression de l'embâcle, qui monte jusqu'au parapet. Tout à coup, une explosion retentit, des blocs de glace sont projetés à 40 mètres de là : une arche vient de se libérer, l'eau s'y précipite. Les autres se dégagent à leur tour. En peu de temps, le niveau baisse de 2 mètres. Le pont est sauf. Le pont neuf, en revanche, n'a pas tenu (non plus que celui d'Amboise) sous les assauts de la Loire, qui lui arrache quatre de ses arches. A l'instant même où le conducteur de la voiture des messageries de Saumur s'engage sur le pont, le 25 janvier à 8 heures du soir, le tablier se dérobe sous les pas des deux chevaux de tête, qui basculent dans le vide et y demeurent suspendus. Sans perdre son sang-froid, le courageux voiturier descend, coupe les traits, sacrifiant la moitié de l'attelage, tandis qu'il fait reculer les deux autres bêtes affolées... et sauve équipage et voyageurs...
La débâcle du Rhône intervient dès le 14 janvier et les glaces, déjà divisées, se fraient un passage entre les piles en bois du pont Morand. Deux moulins flottants ont rompu leurs amarres et dérivent dangereusement dans le courant... Le premier passe de justesse, mais le second arrive droit sur une arche trop basse... Il se fracasse sur l'éperon ! Le pont frémit légèrement... sans plus de dommages.
La France se reprend à vivre, mais c'est pour panser ses blessures. La grande offensive du froid a pris fin, mais l'hiver n'en finit pas de mourir. Les gelées tardives perdurent en mars, et encore en avril. A Versailles, on s'active en prévision de l'ouverture des Etats généraux. Les ouvriers travaillent jour et nuit. Le 4 avril, Louis XVI fait une visite du chantier, il monte dans les combles... s'avance au bord du vide... Il veut se rendre compte. La nuit a laissé là quelques traces de frimas... Le roi glisse... Il va tomber... Un ouvrier le retient par son habit...
L'Histoire peut reprendre son cours.
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L'hiver sans pareil