Assemblée nationale... Ils ont franchi le pas.
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bailly et l'assemblée nationale
création de l'assemblée nationale
Le 13 juin, c'est au tour du bas clergé de perdre patience. Tous les gens du Tiers sont debout, et certains en larmes, quand trois curés du Poitou, les abbés Lecesve, Ballard et Jallet, viennent se réunir à lui. L'abbé Grégoire a manqué cette occasion, mais se rattrape dès le lendemain, en entraînant cinq autres membres du premier Ordre.
A partir du 15 juin, les débats s'accélèrent.
Après avoir rapidement vérifié les pouvoirs de tous les présents, le Tiers passe à l'irrévocable : il lui faut prendre un nom et l'imposer au Roi comme au pays. Ce n'est pas sans une bataille assez cocasse de vocabulaire, où Mirabeau comme Sieys vont d'abord errer. Le premier, qui avait pourtant lancé dès le 29 mai, mais au fil d'un discours sur autre chose, le terme d'assemblée nationale, propose la dénomination de Représentants du peuple français; le second propose Représentants de la nation, que Bergasse voudrait compléter et en faire Représentants connus et vérifiés de la nation. Mounier suggère Assemblée légitime des représentants de la majeure partie de la nation, agissant en l'absence de la mineure partie; Barère propose, lui, Représentants de la très majeure partie des Français dans l'assemblée nationale. Target : Représentants de la presque totalité du peuple français; Biauzat : Représentants de vingt-quatre millions d'hommes; un certain Pison du Galland : Assemblée active et légitime des représentants de la nation française.
Au soir du 16, un député inconnu du Berry, Legrand, profite de la fatigue générale pour en venir à la pure simplicité : Assemblée nationale.
On ajourne le débat au lendemain, où Sieys, s'étant rendu compte qu'il risque de manquer une occasion, se rallie à Legrand et prend les deux mots à son compte. Bailly met aux voix « la motion de Monsieur l'abbé Sieys », qui est admise par 491 voix contre 90, et fait passer une adresse au Roi pour « lui faire part de la décision arrêtée. Alors (ajoute un compte rendu), des cris multipliés de vive le Roi! se font entendre ».
Ils ont franchi le pas.
Ce n'est pas forcément par coïncidence que tout va bouger à partir de l'arrivée des députés de Paris, dont l'absence a été regrettable aux séances de conciliation entamées, puis ratées en juin. Les Parisiens auraient un peu secoué ces gens déjà installés dans l'immobilisme.
Celui-ci n'est pas de la faute du Roi, ni même de la Reine : le Dauphin était mort le 4 juin à Meudon, d'où, malgré des cérémonies réduites, un retrait provisoire dans le chagrin des souverains à Marly, et dix jours de plus de statu quo. Le Tiers, revenu à son abandon, s'était contenté... d'élire le 6 juin Bailly comme doyen, à la place d'un vieillard dont les forces ont déjà lâché. Mais le mot recouvre plutôt la notion de président, puisqu'il ne s'agit plus d'un doyen d'âge :
« On n'imaginera pas facilement à quel point je fus affligé et altéré de cette décision. Je balbutiai, pour m'excuser, quelques raisons que l'on n'écouta pas (...). Ce qui fit la faiblesse de ma résistance, c'est que je sentis que ce choix avait eu pour premier objet de faire honneur à la députation de Paris 891. »
Toujours est-il que Jean-Sylvain, qui se trouvait à cent lieues de la politique trois mois plus tôt, est devenu le premier homme du Tiers en représentativité. Les « communes » disposent maintenant d'un homme qui les incarnera aux grandes occasions en face des deux autres Ordres et du Roi, qui n'a pas été trop fâché de cette élection, parce qu'il aime bien les savants et connaissait quelques travaux de Bailly, dont il sait qu'il s'agit d'un modéré, capable peut-être de jouer un rôle conciliateur. Il lui a fait bonne figure quand on le lui a présenté, puis quand il est venu, avec d'autres députés, « jeter de l'eau bénite » sur le cercueil du pauvre petit Dauphin.
Cela n'empêche pas que les souverains éprouvent une réelle blessure devant l'indifférence presque générale avec laquelle leurs sujets accueillent cette mort. Louis XVI est choqué par l'insistance que le Tiers va lui manifester, quelques jours à peine après ce deuil, pour obtenir une audience et lui demander de tenir au plus tôt la nouvelle séance royale. Il est rejeté vers les princes et les nobles, refuse de recevoir les gens des « communes », dont il n'a jamais accepté le vocable, s'éloigne davantage de Necker. Par contrecoup, le Tiers va donner libre cours à une exaspération, dont Bailly sera loin d'être l'un des responsables.
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