Témoignage du Sieur Réveillon
rideau
pillage maison reveillon 1789
Exposé justificatif pour le Sieur Réveillon, entrepreneur de la manufacture royale de papiers peints, faubourg Saint-Antoine
Et Réveillon lui-même, quelle est sa version des faits ? Il la fait connaître en mai 1789. Pour lui, le pillage de sa maison fait suite à une campagne de calomnies visant à saper sa popularité et son crédit. Ses ouvriers, dit-il, auraient d'ailleurs été ses meilleurs défenseurs, s'ils avaient pu s'opposer à une foule ivre et manipulée
« J'écris ceci du fond d'une retraite, qui étoit le seul asyle que je puisse trouver contre les fureurs d'une multitude acharnée contre moi.
Je n'ai dans cette retraite pour consolation que la compagnie de deux ou trois amis qui tremblent encore que leurs assiduités ne me trahissent.
Des ennemis cruels (j'ignore qui ce peut être) ont osé me peindre au peuple, comme un homme barbare, qui évaluois au prix le plus vil les sueurs des malheureux. (...)
Jamais la calomnie n'a été plus injuste, et jamais elle ne m'a paru plus cruelle ! Un mot ce me semble, suffiroit pour me justifier. De tous les ouvriers qui travaillent dans mes ateliers, la plupart gagnent 30, 35 et 40 sous par jour ; plusieurs en ont 50 ; les moindres en reçoivent 25. Comment donc aurois-je fixé à 15 sous le salaire des Ouvriers ?
Au reste, je le dis bien sincèrement, je n'en veux point au Peuple, malgré les maux qu'il m'a faits ; il a été entraîné : mais combien sont criminels et punissables les gens qui l'ont porté à ces affreux excès !
Encore une fois ! j'ignore, ou je ne puis pas dire précisément quelle bouche impure a soufflé la rage dans le coeur de tous ces malheureux ; mais je sais qu'on a ourdi avec artifice les calomnies qui les ont égarés ; je sais qu'on les a échauffés graduellement ; je sais qu'on a été me dépeindre partout à eux comme l'ami de la Noblesse ; je sais qu'on m'a supposé auprès d'eux l'ambition du Cordon de Saint-Michel ; je sais qu'on leur a distribué de l'argent ; je sais qu'on a fini par leur dire que je voulois que les ouvriers ne gagnassent que quinze sous par jour.
Une perte immense, une maison dont je faisois mes délices, & qui présente partout l'image de la désolation, mon crédit ébranlé, ma Manufacture détruite, peut-être, faute des capitaux nécessaires pour la soutenir ; mais surtout, (& c'est ce coup qui m'accable), mon nom qui a été voué à l'infamie, mon nom qui est abhorré parmi la classe du Peuple la plus chère à mon coeur : voilà les suites horribles de la calomnie répandue contre moi. Ah ! ennemis barbares ! qui que vous soyez, vous devez être satisfaits !
Et cependant quels sont mes torts ? On vient de le voir ; je n'ai jamais nui à personne, même aux méchants. J ai quelquefois fait des ingrats, mais jamais des malheureux.
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Emeutes en avril 1789