Un répression violente, massive...
rideau
repression faubourg St antoine
C'est vers le soir, quand les centaines de « casseurs » refluent, que tout se gâte. Ils sont contents d'eux, mais, pour la plupart, ils sont saouls. Contrairement aux assaillants de la maison Hanriot, ils ne se sont pas contentés de défoncer les tonneaux de la cave, mais ont bu les quelque deux mille bouteilles de vin fin qu'elle contenait. Et ils sont fâchés de n'avoir pas mis Réveillon en pièces.
On en arrive au moment où les forces de l'ordre doivent réagir vigoureusement ou se retirer, c'est-à-dire laisser les deux faubourgs insurgés aux mains des émeutiers. De Crosne est formel : « La grande rue du faubourg Saint-Antoine est si pleine de monde qu'on ne peut y pénétrer. On a fait avancer les cinquante hommes du régiment Royal-Cravate (donc des cavaliers) (...). Un nouveau bataillon des Gardes-Françaises (donc des hommes à pied) vient d'arriver sur le lieu ; des Suisses de Courbevoie sont aussi en marche pour s'y rendre. »
Et encore : « Le peuple est monté sur les toits, d'où il a fait pleuvoir sur les troupes une grêle de tuiles, de pierres, etc. Il a fait même rouler des débris de cheminées, des morceaux de charpente, et, quoiqu'on ait fait feu à plusieurs reprises, et qu'il y ait des personnes tuées et d'autres blessées, on n'a pu encore s'en rendre maître.»
La répression militaire, violente, massive, rapide, va tomber sur la journée comme un rideau de sang. Les cavaliers du régiment Royal-Cravate n'avaient guère montré de zèle pour protéger la fabrique, peut-être parce qu'ils étaient sensibles aux cris du peuple en faveur du Roi et de Necker.
Ils avancent en bon ordre dans le faubourg et font d'abord reculer la foule sans excès de brutalité. De part et d'autre de leur bataillon, marchent les Gardes-Françaises et Suisses. On pourrait encore espérer un dégagement pacifique, mais, à la hauteur de Sainte-Marguerite, le nombre d'hommes opposés dans la rue devient tel qu'il faut que l'un des deux partis cède, ne fût-ce que par le danger d'asphyxie générale. Or, des pierres et même quelques coups de feu partent du peuple vers les soldats. Leurs officiers commandent un feu à volonté, d'autant plus meurtrier qu'il est d'abord à bout portant. Les hommes du faubourg, dont l'ivrognerie augmente la panique, n'ont d'autre ressource, pour échapper aux décharges multipliées, que de se jeter dans tous les immeubles dont on ne leur ferme pas la porte, la fuite directe étant impossible en raison de la masse humaine qui occupe la rue.
Il ne leur reste plus qu'à bombarder les soldats avec ce qu'il leur tombe sous la main, notamment les tuiles et les pierres des toits.
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Les cavaliers reçoivent leur part du bombardement spontané, qui, du coup, les rend furieux, et ils tombent sur le peuple à grands coups de sabre. Ils renversent et mettent hors de combat un assez bon nombre d'individus. Les forces royales remportent là une victoire complète sur une foule pourtant bien plus nombreuse qu'elle, par la supériorité de leur armement redoutable, par la soudaineté de leur action, et par leur cohésion. A six ou sept heures du soir, les rues du faubourg sont dégagées, sauf de cadavres et de blessés sur place.
Mais quelles semailles pour les jours à venir!... Des attroupements se formeront dès la nuit même et vont durer pendant deux semaines, « dans différents quartiers de Paris, comme sur le Pont-Neuf, au Pont au Change, du côté des boulevards, et au faubourg Saint-Antoine », qui n'est donc pas si bien muselé. Le calme n'est revenu qu'en surface, et encore faut-il que le régiment Royal-Cravate, enfin au complet, occupe le faubourg pour un temps indéterminé, ainsi que la plupart des Gardes Suisses disponibles, qui mettent huit canons à mitraille en batterie aux coins réputés les plus chauds.
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