La proposition maladroite de Réveillon
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paris en 1789
Depuis le début de la crise, la capitale s'était enrichie d'une multitude de chômeurs et de vagabonds, chassés de leur province par la faim. Ils étaient venus — s'illusionnant sur la possibilité de trouver du travail — grossir les faubourgs déjà grouillant d'une population misérable et grondante qui devait faire de Paris une poudrière. Ici, à la misère s'ajoutaient d'autres sujets de mécontentement. Le règlement présidant aux élections écartait des urnes tous les Parisiens pauvres, qui furent également exclus de la représentation. Le peuple des déshérités semblait voué à l'oubli, et l'amerturne grandit dans les faubourgs et les districts ouvriers. Or, en juin, le prix du blé approchait son record historique.
Le faubourg Saint-Antoine, avec ses 40 000 ouvriers grossis d'une population d'immigrés misérables, était au bord de l'explosion. La nervosité était telle qu'il suffisait d'une rumeur ou d'une provocation pour déclencher un soulèvement. Une imprudence alluma l'étincelle. Le 23 avril, un manufacturier du faubourg, Réveillon, patron généreux, qui avait montré l'hiver précédent ses préoccupations sociales en instituant pour ses ouvriers une allocation de chômage, fit une proposition maladroite, malgré la pureté de ses intentions. Son plan ne péchait que par sa naïveté car, dans l'atmosphère tendue qui alourdissait le faubourg, il passa pour une provocation. Son objectif était de faire baisser les prix pour restaurer le pouvoir d'achat de l'ouvrier, ce qu'il espérait obtenir en supprimant les taxes aux barrières, en réduisant les salaires et en vendant moins cher les produits. Les salariés ne retinrent de ce dispositif que le point le plus sensible : Réveillon voulait réduire l'ouvrier à 15 sous (le salaire d'un manoeuvre était alors de 20 sous), et acculer le peuple à la famine. Aussitôt, la colère gronda, mais le faubourg resta calme.
paris en 1789
Cependant, l'excitation montait et l'indignation gagnait de place en place. C'est non pas à Saint-Antoine, mais au faubourg Saint-Marceau que, dans la nuit du 26 au 27, les premiers attroupements se formèrent. Ils grossirent dans la matinée, et, en début d'après-midi, un cortège de manifestants prit la direction de la Seine, en scandant des slogans funestes. Le cri Mort aux riches dominait la rumeur. En tête de la manifestation, deux hommes hardis brandissaient des mannequins : Réveillon et Henriot — un salpêtriez à qui l'on attribuait les mêmes propos qu'au malheureux manufacturier apparaissaient désormais comme les ennemis du peuple. Arrivés en place de Grève, les émeutiers brûlèrent les effigies devant l'Hôtel de Ville, puis s'ébranlèrent en direction du faubourg Saint-Antoine. En chemin, le ton enfla, les esprits s'échauffèrent, la violence grossit. La maison d'Henriot fut pillée, cependant que le malheureux parvenait à s'enfuir. Ce fut alors seulement que le lieutenant de police commença à s'inquiéter et mobilisa le guet et un bataillon de gardes françaises. Mais le soir ramena le calme et l'on crut l'incendie éteint. Le lendemain devait démentir cet excès d'optimisme.
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Emeutes en avril 1789