Interrogatoire des blessés
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Procès-verbal dressé par le commandant François Beauvallet, chargé d'inspecter et d'interroger les blessés transportés à l'Hôtel-Dieu, le 28 avril 1789 (extraits), Archives nationales
Dans le procès-verbal de l'enquête Réveillon, les blessés déclarent tous s'être retrouvés là par hasard. Si personne ne semble connaître les activistes qui ont pillé la maison du manufacturier, il s'en trouve un pour rendre responsable de ses maux... « le Tiers Etat »
emeutes en avril 1789
Sur un lit de sangle, entre les lits 121 et 118.
Blessure à la tête constatée par Jean-Pierre Lambert, interne.
Pierre Augustin François Lot, marchand de mercerie et quincaillerie, rue Basse-PorteSaint-Denis, quartier Saint-Laurent, chez le sieur Delaunay, marchand mercier ; âgé de vingt et un ans.
A répondu que ce matin, il est sorti de chez le sieur Delaunay pour aller vendre des rubans sur le boulevard ; vers les 2 heures, le vent étant trop grand, il a renfermé ses marchandises pour aller les vendre à la course; arrivé rue Saint-Antoine, un petit garçon lui a demandé où il allait ; aussitôt, un homme, qui lui a paru gris, lui a porté un coup de bâton sur la tête ; ensuite plusieurs autres particuliers lui ont porté environ une vingtaine de coups de bâton sur la tête et sur les reins et lui ont pris la marchandise qu'il avait.
N'a pas reconnu ceux qui le frappaient ; ils disaient: «C'est Réveillon ! C'est Réveillon !» A signé.
Lit 85.
Blessure au bas de la jambe droite, dans l'articulation avec le pied, produite par une balle et constatée par Etienne Gudin.
Vers 3 heures de l'après-midi, il a quitté son ouvrage pour aller voir ce qui se passait dans le faubourg Saint-Antoine ; il a été jusque dans la rue de Reuilly, près la maison du sieur Réveillon, où il est resté environ une heure à regarder diverses personnes qui jetaient tout par les fenêtres dudit Réveillon ; les gardes-françaises ayant fait feu au moment où il se retirait, il a été blessé d'un coup de feu au pied. A répondu qu'il ne connaissait pas les personnes qui jetaient les effets du sieur Réveillon par les fenêtres, ni personne aux environs de cette maison. Ne sait pas qui a excité cette émeute, étant revenu hier seulement de Versailles.
A signé.
emeutes en avril 1789
Lit 123.
Blessure à la partie supérieure de la tête par instrument tranchant.
Joseph Chagnot, débiteur de marbre, demeurant rue JeanBeausire, quartier Saint-Paul ; âgé de vingt-deux ans.
Interrogé sur ce qui lui a occasionné sa blessure, a répondu que c'est le Tiers Etat.
Il ignore si c'est un coup de sabre qu'il a reçu et qui le lui a donné. Il était rue Saint-Antoine, près la maison du sieur Réveillon. Il regardait les autres et avait un bâton à la main. Il ignore les causes du tumulte et n'a reconnu personne. Il était rue Saint-Antoine depuis le matin avec tout le monde à regarder.
Interrogé pourquoi il n'est pas allé travailler, a répondu que si on ne se soutenait pas, on serait perdu.
A déclaré ne pas savoir écrire.»
Lit 18.
Différentes contusions le long de la colonne vertébrale.
François Châteauneuf, compagnon menuisier, travaillant chez le sieur Paul, rue du Faubourg Saint-Antoine, vingt ans.
• Sur les deux heures de l'après-midi, étant sur la porte dudit Paul, il a été entraîné par une foule d'hommes armés de bâtons ; étant descendu dans la cave du sieur Réveillon, où il a bu du vin que lui passaient divers particuliers qu'il ne connaît point ; étant dans cette cave, il a été terrassé par une foule de personnes qui se sont précipitées pour entrer; ces personnes ont aussi bu du vin; cette chute lui a occasionné les contusions constatées. (...)
Ne sait pas signer.
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