La magie d'une nuit d'été
rideau
« La nuit du 4 août » fait partie dans l'imaginaire collectif des dates clefs de la période révolutionnaire. Le 14 juillet, on aurait conquis la liberté, le 4 août l'égalité ... mais il faut attendre le 19 juin 1790 pour que soient abolis la noblesse héréditaire et les titres. Pourquoi cette nuit est-elle restée dans les mémoires alors que l'élaboration du décret s'est déroulée les 4, 6, 7, 8 et 11 août 1789 ? Sans doute sommes-nous ici en présence d'une simplification destinée à renforcer la charge émotionnelle qui devra être léguée aux générations futures même si ce texte est très loin d'avoir voulu détruire la monarchie. Que l'on se reporte, par exemple, à l'article 17 par lequel « l'Assemblée nationale proclame solennellement le roi Louis XVI, restaurateur de la liberté française ».
la nuit du 4 aout
4 aout 1789
C'est dans ce contexte d'une France à feu et à sang que se déroula la fameuse nuit du 4 août, nuit de cendre des privilèges ". Après la terre brûlée, la table rase ! L'impulsion venait du Club breton, réunissant une centaine de députés. Pas question de donner au roi les moyens militaires et policiers pour rétablir l'ordre. Mieux valait user d'un « stratagème " ». Le vicomte de Noailles, beau-frère de La Fayette, monta le premier à la tribune de l'Assemblée. Outre l'égalité de tous les Français devant l'impôt et leur égale accessibilité aux emplois civils et militaires, mesures déjà annoncées par le roi, il proposa le rachat des droits féodaux par les communautés et l'abolition des corvées seigneuriales, des mainmortes et autres servitudes personnelles. Le duc d'Aiguillon, l'un des seigneurs les plus riches du royaume, prit le relais, insistant sur la libération que représentait pour la paysannerie la fin de ces multiples vexations. Emportés par un immense élan d'enthousiasme, pris entre la peur et la générosité, les orateurs se succédèrent sans distinction d'ordres, ecclésiastiques, nobles, bourgeois, surenchérissant de façon théâtrale sur ces offrandes déposées sur l'autel de la patrie : liquidés les privilèges pécuniaires ! Anéanti le monopole de la chasse et des colombiers ! Sacrifiés les privilèges des villes et des provinces ! Abolie la vénalité des offices ! Ivresse des élans incontrôlés, jetant tout aux orties, surtout les droits d'autrui (« Ah ! il nous ôte la chasse, disait le duc du Châtelet en parlant de l'évêque de Chartres, je vais lui ôter ses dîmes ! »). « Jamais, sans doute, écrivait Duquesnoy, aucun peuple n'a offert un tel spectacle ; c'était à qui offrirait, donnerait, remettrait aux pieds de la Nation [...]. Grande et mémorable nuit ! On pleurait, on s'embrassait. Quelle Nation ! Quelle gloire, quel honneur d'être français " ! » Louis XVI, qui n'en pouvait mais, était proclamé « Restaurateur de la liberté française » ! Avec cette grande braderie, faite dans la précipitation et la fébrilité, mais qui allait accoucher de la France contemporaine, les bourgeois de l'Assemblée pensaient arrêter le bal sinistre des incendiaires de province. Quant à la haute noblesse, ce sabordage ne lui faisait pas peur : elle était sûre de conserver ses propriétés et son rang dans la société, le rachat de ses droits lui permettant de réinvestir ailleurs, à meilleur taux. Le 11 août, ces mesures furent arrêtées en décret et, le 13, présentées au roi dans la galerie des Glaces. Mais l'Histoire est fille capricieuse. Supprimés, les droits ne seront jamais remboursés...
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Echec au roi