Les brigands autour de Paris en 1789
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L'on annonce que du côté des plaines de Montmorency, plusieurs milliers de brigands sont armés, font des dégâts considérables, coupent les blés en vert, pillent les maisons des habitants, égorgent même quiconque s'oppose à leurs desseins ; il arrive de ces lieux des femmes et des enfants en larmes, qui fuient le carnage ; déjà les ordres sont donnés, la milice bourgeoise se précipite dans ces plaines ; on y traîne du canon ; après une marche forcée, l'on arrive enfin ; l'alarme était générale, le tocsin se faisait entendre dans toutes les paroisses.
Eh bien ! qui le croirait? Il n'y avait ni ennemis ni brigands ; à peine sait-on comment l'alarme a pu naître. Quelques moissonneurs s'agitaient, des femmes les ont aperçus de loin et l'une s'est imaginé d'abord que ce sont des brigands ; dès lors, ils vont faucher les blés en vert, rien n'est mieux prouvé ; et puis cette année, c'est l'accusation générale ; aussi cette femme le dit à d'autres ; celles-ci s'effrayent, courent, arrivent en larmes dans leurs villages, répandent l'effroi ; des hommes s'arment, l'on court au clocher et soixante paroisses sonnent l'alarme ; et un peuple entier de la capitale pense déjà qu'il faut exterminer les brigands, que peut-être ce sont des nouvelles perfidies, quelques trahisons ; mais ce qui est bien pis, c'est que la milice bourgeoise, ayant conduit du canon dans ces beaux lieux, désire absolument faire preuve de son courage ; plusieurs citoyens veulent décidément combattre un ennemi, quelque part qu'il se trouve ; précisément des lièvres se présentent, et l'on fait la guerre à ces messieurs ; le canon ne tire pas encore ; mais un feu roulant fait tomber par douzaines des têtes de lapins et de levrauts.
Le bruit de l'artillerie est entendu de cinq à six lieues à la ronde, et voilà qu'on en est aux mains avec l'ennemi ; le tocsin redouble de toute part ; durant la nuit, le trouble et l'épouvante croissent, la cavalerie court de tous côtés, cherche des preuves ; et l'écho de l'effroi vient troubler l'armée qui le cause ; elle doute elle-même s'il n'y a pas réellement du danger ; heureusement que l'aurore bienfaisante vient dessiller les yeux, et chacun rit de sa méprise. Peuple crédule, serez-vous toujours effrayé de votre ombre?
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