Robespierre... Il avait 36 ans
rideau
la fin de robespierre
La Fête de l'Être suprême, le 8 juin 1794 (20 Prairial An II), qu'il présida, marqua son triomphe. Mais aussi le début de sa perte : certains de ses collègues montagnards commencèrent à penser qu'il se prenait trop pour un pontife; par ailleurs, les envoyés en mission terroristes rappelés, comme Fouché, Tallien et Barras, ne se sentaient pas en sécurité. Trois semaines plus tard, Robespierre se tint éloigné du Comité de Salut Public pour cause de maladie, peut-être de dépression.
Le 8 thermidor (26 juillet) , il parut à la tribune de la Convention. Il y avait un monde fou. Chacun sentait que quelque grand événement se préparait. Après avoir ajusté ses lunettes, l'orateur, parlant au nom des siens, rejeta d'emblée les insinuations de ses ennemis et repoussant la calomnie qui le désignait comme aspirant à la dictature.
La voix de Robespierre s'arrêta soudain. Il y eut un flottement. Dans un premier mouvement, l'Assemblée décida l'impression et la diffusion du discours dans les communes de France. Billaud se leva : « Ce discours inculpe les comités ; qu'on le soumette à un examen sévère. » Beaucoup de députés se croyaient toujours menacés par Robespierre, qui ne songeait pas du tout à eux.
Le soir même, il relut son discours au club des Jacobins, où il comptait une majorité de partisans : « La ligue des méchants est tellement forte que je ne puis espérer de lui échapper. Je succombe sans regrets. Je vous laisse ma mémoire et vous la défendrez.»
arrestation de Robespierre
Le 9 thermidor à midi, Saint-Just monta à la tribune de la Convention. Il avait travaillé toute la nuit à un discours dans lequel il rapportait certains faits précis concernant plu' sieurs membres des comités de gouvernement, qui se terminait par ces mots : - Je ne conclus pas contre ceux que j'ai nommés : je désire qu'ils se justifient et que nous devenions plus sages. » En fait, ce discours de conciliation ne fut jamais prononcé. Pour les conjurés, le mot d'ordre était : « Tuons-les sans les entendre. »
Dès les premiers mots, Tallien l'interrompit. Puis Billaud, d'autres encore. Ce fut le brouhaha. Robespierre demanda la parole. Des cris fusèrent de toutes parts.
La parole était à l'assassinat. Elle fut donnée à Barère. Collot lui succéda. Le député Louchet prononça le premier le mot arrestation ». Stupeur. Applaudissements isolés, puis à nouveau des cris : - Aux voix ! aux voix ! »
Augustin Robespierre se leva et s'écria : Je suis aussi coupable que mon frère ; je partage ses vertus, je veux partager son sort Je demande aussi le décret d'accusation. »
Lebas s'avança : - Je ne veux point partager l'opprobre de ce décret. Je demande aussi à être arrêté. »
C'en était fait, le décret d'accusation fut rendu contre les deux Robespierre, Saint-Just, Couthon et Lebas. Le président fit signe aux huissiers de le mettre à exécution.
A la même heure, le commandant de la garde nationale, Henriot, était arrêté et retenu au Comité de sûreté générale. A la Commune de Paris — actuelle place de l'Hôtel-de-Ville — le conseil général prenait fait et cause pour Robespierre, convoquait les sections et faisait sonner le tocsin : on en appelait au peuple de Paris.
A la Convention, il y eut un vent de panique. Moins parce que les canonniers des sections se rassemblaient en vue d'un coup de force contre l'Assemblée que parce qu'un procès de Robespierre pouvait aboutir à son acquittement ? Il fallait trouver un prétexte pour l'accuser de rébellion ouverte.
L'occasion se présenta lorsque le conseil général de la Commune prit sur lui, - au nom du salut du peuple », de faire sortir Robespierre de gré ou de force du lieu où il était détenu et de le conduire à l'Hôtel de Ville. Ainsi fut fait. Il était vingt et une heures. A la Convention, Barère présentait peu après, de la part du Comité de salut public, dont il avait pris la tête avec Collot et Billaud, un projet de décret — qui fut voté — mettant hors la loi quiconque, frappé d'arrestation, se serait soustrait à l'effet du vote. Dans la foulée, il fut décrété que Robespierre et ses complices seraient mis hors la loi. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre : plusieurs sections qui avaient pris le parti de la Commune s'en détachèrent.
A minuit, la majorité de la Convention était rassurée, Fréron invita à marcher droit à l'Hôtel de Ville et Tallien s'écria qu'il fallait partir sur-le-champ « afin que le soleil ne se lève pas avant que la tête des conspirateurs ne soit tombée ». Une heure plus tard, les troupes de la Convention, conduites par Barras, avancèrent à la lueur des torches et encerclèrent peu à peu l'Hôtel de Ville, où les canonniers des sections fidèles cédèrent les uns après les autres aux sollicitations des émissaires de la Convention. C'était la fin.
Dès lors, les choses allèrent très vite : un gendarme, qui s'était présenté comme « ordonnance secrète », réussit à se glisser dans la salle du secrétariat où Robespierre et ses amis s'étaient retirés. L'assassin arma, visa la tête et fracassa la mâchoire de l'Incorruptible. Croyant son frère mort, Augustin Robespierre s'avança vers la fenêtre et se jeta dans le vide. Lebas se brûla la cervelle au moment où la garde investissait la salle. Saint-Just et Dumas furent neutralisés. A deux heures du matin, les prisonniers étaient évacués vers différents lieux de détention, et c'est seulement vers sept heures que tous furent regroupés à la Conciergerie.
Après avoir constaté l'identité des « hors-la-loi », on les fit monter, au nombre de vingt et un, dans quatre charrettes. L'échafaud avait été dressé dans la nuit sur la place de la Révolution.
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