La princesse Lamballe
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princesse Lamballe
Prison de la Force, Paris, lundi 3 septembre 1792, fin de la matinée : la princesse de Lamballe vient d'être extraite de sa cellule. Une sinistre geôle que l'on réserve habituellement aux filles publiques, aux femmes de mauvaise vie, aux voleuses de tout âge. A onze heures, trois hommes, le regard mauvais, le sabre au poing, sont venus la chercher sans ménagement.
- Marie-Thérèse de Savoie-Bourbon-Lamballe, suivez-nous! Vous allez comparaître devant le tribunal du peuple!
La princesse passe sa robe blanche.
C'est dans le bureau du concierge de la prison de la petite Force que siège le tribunal improvisé. Improvisé, assurément, car le temps n'est plus à l'organisation! Il paraît que les étrangers - les Prussiens! - marchent sur Paris! Il faut aller vite. Verdun a capitulé, il paraît que son gouverneur, Beaurepaire, s'est donné la mort! Le drapeau noir flotte sur la façade de l'hôtel de ville. Qui sait si l'ennemi n'est pas déjà aux portes de la ville! Il faut aller très vite. A la tribune, Danton, vigoureux, plus rouge que jamais, accuse les trente mille traîtres, les fomentateurs de troubles qui hantent la capitale. Il vocifère :
- Nous devons purger! Il faut enlever le mauvais sang du corps de la nation!
La Commune sent bien que ses jours sont comptés; haineuse, elle va lâcher ses émeutiers déchaînés pour les massacres de Septembre.
Pour Mme de Lamballe, un simulacre de procès que dirige le grand-maître de l'horreur, l'élégant Hébert, Hébert le cynique. « Ses mains sont pures comme son âme », disait de lui sa femme une ancienne religieuse.
- Marie-Thérèse de Bourbon-Lamballe, quelle est votre qualité?
- Surintendante de la maison de la Reine.
- Faites serment d'aimer la liberté et l'égalité, jurez haine au Roi, à la Reine et à la royauté!
- Je ferais bien le premier serment, balbutie-t-elle, mais je ne puis jurer le second... Oh non! Il n'est pas dans mon coeur...
Des larmes coulent sur ses joues pâles. Ses mains se crispent sur son visage.
- Elargissez Madame!
Elargissez! Un cri, en guise de verdict, qui n'est autre que le mot d'ordre de la mise à mort. Les exécuteurs frémissent : c'est une femme! On l'entoure, on la prend à la nuque, aux aisselles, à la taille et aux pieds, on l'enlève jusqu'à la porte qui donne dans la rue du Roi-de-Sicile : Marie-Thérèse paraît.
- Fi l'horreur! s'exclame-t-elle.
Il y a devant ses yeux un monceau de cadavres.
- C'est la Lamballe! hurle la foule. C'est l'amie de « l'Autrichienne », la « Sapho de Trianon »!
C'est une femme, oui, la seule qui sera livrée aux bourreaux de la Force pendant les tragiques journées de septembre. Là, un premier coup de pique porté derrière le cou. Elle s'effondre, sa robe blanche est tachée de rouge.
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