Curé, un métier de traîne-misère
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Face aux prérogatives que le haut clergé s'est adjugées et qu'il entend bien, de son côté, défendre avec âpreté, les curés réclament que le talent, le mérite, l'âge et non plus seulement la naissance permettent l'accès aux grandes dignités ecclésiastiques. Certains même n'hésitent pas à réclamer l'élection des évêques et des vicaires généraux, la réduction de leurs pouvoirs et la suppression, en particulier, de la justice épiscopale, qui, étant juge et partie, ne peut garantir l'impartialité nécessaire. En revanche, ils exigent que l'évêque accomplisse mieux ses devoirs ; qu'il soit tenu de résider dans son diocèse et de convoquer régulièrement des synodes.
Après le partage des pouvoirs, celui des biens est réclamé avec insistance. Presque partout, les curés protestent contre la vie fastueuse menée par le haut clergé et demandent, d'abord, que les bénéfices ne puissent plus être cumulés sur une seule et même tête. Même s'ils ne sont pas tous dans la gêne, ils estiment que leurs sources de revenu sont insuffisantes. Ils considèrent que le prélèvement de la dîme, très impopulaire auprès du public, est contraire à la dignité de leur fonction sacerdotale et les expose à mille contestations auprès de leurs ouailles. Certains curés envisagent sa suppression, ou, tout au moins, son réaménagement tant dans sa quotité que dans la distribution de ses revenus. Enfin, les cahiers demandent souvent l'institution d'une retraite pour les prêtres âgés devenus incapables d'exercer leur ministère et trop souvent menacés de finir leurs jours dans une affreuse misère.
Devant ces exigences, qui apparaissent comme singulièrement organisées, les plaintes du clergé régulier et du haut clergé peuvent sembler moins cohérentes et moins vigoureuses. Les nantis de l'Eglise affirment surtout une volonté nette de ne rien changer à la situation actuelle, voire de regagner, si possible, du terrain perdu. Quand les curés leur ont laissé le droit à la parole — ce qui n'est pas en tout lieu le cas — les évêques commencent par protester avec aigreur contre « l'esprit de rébellion » des « pasteurs du second ordre » et contre la rédaction de certains articles des cahiers qui n'ont pas reçu leur approbation. Ils en profitent pour réclamer le rétablissement de leur autorité pleine et entière sur l'ensemble de leur clergé et demandent, en particulier, que tous les couvents de réguliers de leur diocèse leur soient soumis, même ceux que l'on nomme « exemptés » parce qu'ils ne relèvent que du pape. Ils entendent exercer cette autorité sur les questions temporelles aussi bien que spirituelles et déclarent demeurer les seuls juges « dans toutes les matières qui peuvent avoir trait à la sainteté des dogmes et à la pureté morale », formule d'ailleurs assez vague pour embrasser bien des points litigieux.
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