Le sang versé sur l'échafaud
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nobles-1789
La plupart des cahiers de la noblesse montrent le souci des nobles provinciaux de recouvrer le rôle traditionnel de leurs ancêtres dans la vie locale, alors que la haute noblesse, plus consciente d'une évolution économique, dont elle entend profiter, se rapproche des vues du Tiers Etat et s'oppose à celles, jugées surannées, de la noblesse de province, qui n'a pas comme elle, pour vivre, la ressource de plantations à Saint-Domingue, d'actions dans les premières compagnies industrielles ou d'alliances avec les financiers.
Il faut noter, aussi, que les fractions de cette noblesse n'envisagent pas de la même manière la régénération du royaume. Etrillée par les intendants, victime en maintes occasions du despotisme ministériel, la noblesse de province se montre hostile à tout accroissement de la centralisation et revendique, au contraire, plus d'autonomie, avec une administration locale confiée à des hommes nés dans le pays. Les nobles de certaines provinces demeurent très particularistes ; ils veulent bien être dans le royaume, mais non du royaume, se proclamant provençaux ou artésiens, béarnais ou lorrains avant que d'être français. Quant à la noblesse bretonne, déjà en rébellion contre le pouvoir au cours du siècle, elle refuse de s'assembler pour élire ses députés aux Etats généraux, estimant cette réunion contraire à l'acte de rattachement de la Bretagne à la couronne.
les nobles et la terreur
Dès les premières séances des Etats généraux, ces positions si tranchées seront adoucies, ébranlées, voire inversées. Par calcul autant que par courtoisie naturelle, la noblesse de cour et, particulièrement, le président de l'ordre, le duc de Montmorency-Luxembourg, ont fait bon accueil aux députés de la noblesse de province, ce qui a dissipé en partie les préjugés de ceux-ci et désarmé leur acrimonie. Bientôt, les premiers combats, ceux des rues comme les joutes oratoires de l'Assemblée, montreront la fragilité du pouvoir et provoqueront de curieux revirements. Tous ceux qui avaient déclamé contre l'absolutisme royal y voient maintenant un refuge, un rempart contre les attaques dont l'ordre de la noblesse est devenu l'objet. Des anoblis récents, comme Cazalès ou d'Eprémesnil, des nobles frondeurs comme le comte d'Antraigues, tous célèbres pour leurs luttes contre le gouvernement, changent brusquement de tactique en voyant menacée cette caste à laquelle, pour certains, ils viennent seulement d'accéder. Par une étrange métamorphose, ils deviendront les royalistes les plus acharnés, les tenants d'un absolutisme renforcé pour lutter contre une révolution qu'ils ont, en partie, déclenchée.
Ultime paradoxe, la Révolution, la Terreur et l'émigration vont réconcilier les différentes catégories de noblesse et les fondre dans le moule du malheur, pour en faire une nouvelle race, anoblie concrètement par le sang versé sur l'échafaud ou, à l'armée de Condé, aguerrie par Ies tribulations de l'exil et, forte de nouveaux préjugés ou de nouvelles rancoeurs, toute prête à batailler contre ces nouveaux « traitants » que sont les acquéreurs de biens nationaux.
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La crise de la noblesse