La noblesse chevaleresque
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La noblesse chevaleresque a beaucoup décliné, mais conserve un rôle d'apparat, dans la mesure où elle a gardé sa fortune. En effet, le seigneur qui n'a pas cédé à l'attraction de Versailles vit de moins en moins bien sur ses terres, peu à peu dépouillé de ses droits par l'intendant « Depuis Louis XIV, tout a ployé sous les commis... », écrit Taine, et les cahiers de doléances de la noblesse de province sont unanimes pour se plaindre de ce fléau qu'est l'intendant du roi, en général un homme de fraîche noblesse : « La plus grande marque de respect que nous puissions donner à Votre Majesté, écrit la noblesse de Montreuil-sur-Mer, est de garder le silence sur son administration... »
Dans ses campagnes où elle végète en rognant sur tout, achevant de se ruiner pour soutenir ses fils à l'armée, cette noblesse constate avec amertume que rien n'est donné au mérite, mais tout à la faveur et à l'argent. Elle vise ainsi l'autre fraction de l'ancienne noblesse, celle qui, « présentée » à la cour, y vit à demeure et s'est réservé le monopole des grâces, titres et pensions. Tout le monde quémande, et les plus désintéressés le font, sinon pour eux, du moins pour un parent, un ami, un inconnu recommandé. Du maréchal de Ségur, manchot depuis la bataille de Lawfeld, Rivarol écrit :
Il tend jusqu'à la main dont le bras lui manque... » Le plus grand scandale, pour cette noblesse besogneuse, est de voir un grand seigneur, bénéficiaire déjà de plusieurs pensions, en réclamer une pour son fils, afin de permettre à celui-ci un fructueux mariage avec une fille de finance. La pension du roi devient ainsi l'hameçon indispensable pour ferrer une belle dot.
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Cet état des choses révolte la noblesse provinciale, condamnée à l'oisiveté, sous peine de dérogeance, et assistant, impuissante, à l'avènement de cette caste de financiers, à son triomphe insolent. A mi-chemin de la noblesse, à laquelle ils aspirent, et du peuple, dont ils sortent, en marge de la magistrature, où ils se ménagent d'utiles appuis, à l'abri de ce pouvoir royal dont ils se réclament pour pressurer les contribuables, les fermiers généraux et autres manieurs d'argent constituent une classe qui, par ses alliances dans les plus grandes maisons, s'agrège à la noblesse, la domine et la discrédite dans l'opinion.
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La crise de la noblesse